Algérie : le président appelle les Algériens sans papiers à l’étranger à rentrer au pays
Une annonce qui concernerait des dizaines de milliers d’Algériens. Lors du Conseil des ministres qui s'est tenu ce 11 janvier, le chef de l'État a dévoilé une mesure de clémence inattendue destinée aux "harragas". Ce décret présidentiel vise à organiser le rapatriement et la réintégration administrative de dizaines de milliers de jeunes partis tenter leur chance outre-mer, et qui se retrouvent aujourd'hui dans une impasse juridique et sociale.
L'objectif affiché par la présidence est de sortir ces ressortissants de la clandestinité. "Le président de la République a lancé un appel aux jeunes Algériens se trouvant à l’étranger en situation de précarité et irrégulière, ayant été délibérément induits en erreur par des individus qui se croyaient capables de nuire à la crédibilité de l'État en les instrumentalisant à l'étranger contre leur pays", a indiqué la présidence algérienne au sein d'un communiqué.
"La plupart de ces jeunes n'ont commis que des infractions légères, comme des faits liés à l'ordre public ou d'autres motifs similaires", a ajouté la présidence, rapporte BFMTV.
Un appel présidentiel pour sortir de la précarité
Le cœur de cette initiative repose sur un constat alarmant dressé par les autorités : la détresse sociale d'une partie de l'émigration. Abdelmadjid Tebboune a lancé un appel aux Algériens de l'étranger, ciblant spécifiquement ceux qui vivent dans une précarité extrême. Le gouvernement souhaite offrir une porte de sortie honorable à ces citoyens, souvent jeunes, qui ont quitté le territoire national sur un coup de tête ou des promesses fallacieuses.
La harga : un exode risqué et criminalisé
Pour comprendre la portée de ce décret, il faut rappeler ce qu'est l'immigration clandestine des harragas. Ce terme, désignant ceux qui "brûlent" leurs papiers et les frontières, symbolise une traversée périlleuse de la Méditerranée, indique 20 Minutes. Le phénomène a pris une ampleur considérable ces dernières années : selon les chiffres de l'immigration des Algériens en Europe de l'OIM, près de 54 000 ressortissants auraient rejoint le vieux continent entre 2020 et 2024.
Jusqu'à présent, ces départs plaçaient les migrants dans une double insécurité juridique. En plus d'être en situation irrégulière dans le pays d'accueil, ils tombaient sous le coup de la loi algérienne. En effet, l'émigration illégale est criminalisée depuis 2009, exposant les contrevenants à une peine pouvant aller jusqu'à six mois de prison et une amende, s'ils étaient interceptés ou tentaient de revenir. Ce nouveau décret semble donc offrir une amnistie de fait pour cette infraction spécifique.
Vérifier votre éligibilité avant de contacter le consulat
Si la porte est ouverte, elle ne l'est pas pour tout le monde. Le décret fixe des conditions de retour pour les jeunes Algériens émigrés très strictes afin d'éviter le rapatriement de profils jugés dangereux. Sont catégoriquement exclus de ce dispositif les auteurs de crimes de sang, de trafic de drogues ou de trafic d'armes. La présidence précise que la mesure s'adresse majoritairement à ceux n'ayant commis que des "infractions légères, comme des faits liés à l'ordre public".