Après sa défaite aux élections municipales, Agnès Buzyn a multiplié les aveux sur le coronavirus. D'après elle le pouvoir savait, mais n'a pas agi en conséquences malgré ses avertissements. De quoi menacer juridiquement certains membres du gouvernement ?
Agnès Buzyn, Olivier Véran, Emmanuel Macron... Que risquent ceux qui savaient pour le coronavirus ?AFP

"Depuis le début je ne pensais qu'à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c'était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J'avais peur à chaque meeting. J'ai vécu cette campagne de manière dissociée", assénait Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé et des Solidarités, quelques temps après son échec parisien. Arrivée troisième, derrière Anne Hidalgo et Rachida Dati, l'ancienne superstar de la Macronie a multiplié les propos piquants à l'encontre du gouvernement, rappelle Le Figaro. Certains d'entre eux pourraient considérablement embarrasser l'exécutif...

"Je rongeais mon frein", a-t-elle poursuivi, expliquant qu'elle savait "que la vague du tsunami était devant nous". "Je suis partie en sachant que les élections n'auraient pas lieu", déclarait-elle encore. Pourtant, souligne le quotidien marqué à droite, l'ancienne praticienne hospitalière se voulait rassurante fin janvier 2020. A ce moment, elle présentait le "risque de propagation du coronavirus dans la population" comme étant " très faible".

Si les propos ont de quoi choquer, c'est aussi parce qu'ils pourraient avoir d'importantes retombées juridiques, comme le rappelle le titre de presse. Un détail que n'ont pas manqué de relever certaines figures de l'opposition. "Se rend-elle compte qu'elle engage sa responsabilité pénale et celle des autres personnes qu'elle dit avoir prévenues ? La mission d'information décidée ce matin en conférence des présidents à l'Assemblée nationale doit se saisir de ces aveux", s'est par exemple offusqué Jean-Luc Mélenchon.

Depuis, Agnès Buzyn a dit regretter certains de ses mots, rapporte La Dépêche. Si elle devait s'exprimer à nouveau sur la question, elle ne parlerait plus de mascarade, a-t-elle déclaré. Pour autant, cela change-t-il drastiquement la situation ? Pour Maître Guillaume Jeanson, avocat au barreau de Paris et porte-parole de l'Institut pour la Justice, le risque est réel pour le pouvoir en place. Mais il n'en concerne pas tous les visages de la même façon.

Emmanuel Macron doit-il craindre un retour de bâton après les propos d'Agnès Buzyn ?

L'avocat, qui juge les propos d'Agnès Buzyn "particulièrement choquants", n'entend pas revenir dessus. Pour autant son avis sur la question est clair : "Peuvent-elles donner lieu à une mise en jeu de la responsabilité juridique des dirigeants ? En théorie oui. Du moins pour certains d'entre eux", explique-t-il au micro de Planet.

Le fait est que tous ne sont pas mis en danger de la même façon. "Le président de la République bénéficie de son côté d'une immunité de fond. L'article 67 de la constitution dispose en effet qu''il n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité'", résume le spécialiste, qui tempère ensuite : "Reste bien sûr la destitution prononcée par la Haute Cour, mais c'est évidemment très différent".

"A l'inverse, les ministres demeurent, de leur côté, pénalement responsables en vertu de l'article 68-1 de la constitution 'des actes accomplis dans leurs fonctions et qualifiés de crimes ou délits à l'heure où ils ont été commis'. Ils peuvent alors être renvoyés devant la Cour de justice de la République, une juridiction ad hoc composée de magistrats judiciaires mais aussi de parlementaires", précise-t-il ensuite.

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