Un nationaliste corse assassiné lors des obsèques de sa mère

Publié par Matthieu Chauvin
le 13/01/2026
Sniper
Istock
Lundi 12 janvier, l'assassinat d'Alain Orsoni lors des obsèques de sa mère a provoqué une onde de choc en Corse, entraînant la saisie immédiate du tout nouveau Parquet national anti-criminalité organisée. L'homme, qui se savait menacé, avait déjà fait l'objet d'une première tentative en 2008.

Le drame s'est joué dans un moment de recueillement intime, transformant une cérémonie funéraire en scène de crime. L'exécution d'Alain Orsoni marque une escalade inquiétante dans la violence insulaire et mobilise désormais les plus hautes instances judiciaires du pays, confirmant la piste du grand banditisme.

Alors que les forces de l'ordre quadrillent le secteur de Vero, lieu de l'exécution, les enquêteurs tentent de reconstituer le fil d'une action commando d'une précision redoutable. Au-delà de l'émotion suscitée par la mort de cette figure historique, c'est la réponse de l'État via ses juridictions spécialisées qui retient l'attention.

Une exécution froide en plein recueillement

Les faits se sont déroulés ce lundi 12 janvier 2026, aux alentours de 16h30. Alors qu'il assistait aux obsèques de sa mère dans le village de Vero, en Corse-du-Sud, Alain Orsoni a été mortellement touché. Selon les premiers éléments rapportés par Corse-Matin, la victime, âgée de 71 ans, a été abattue par un tir unique à longue distance, caractéristique d'un tireur d'élite embusqué, un sniper en somme.

Ce mode opératoire, froid et minutieusement préparé, ne laisse que peu de place au doute quant à la préméditation. Pour comprendre l'ampleur de la réaction publique, il faut se souvenir de qui était Alain Orsoni pour l'AC Ajaccio, dont il fut président, mais aussi de son passé de militant nationaliste influent. Cette figure complexe, souvent au cœur des tourmentes judiciaires et politiques de l'île, a été ciblée dans un moment de vulnérabilité absolue, brisant un tabou tacite du milieu concernant les trêves funéraires. L'homme avait déjà fait l'objet d'une tentative en 2008 de la part des "membres de la bande criminelle du Petit Bar", qui avaient été condamnés, rappellent nos confrères.

Vous avez aimé cet article ?

La justice d'exception mobilisée

Face à la gravité des faits, la réponse judiciaire ne s'est pas fait attendre. Le parquet d'Ajaccio a immédiatement ouvert une enquête pour assassinat, qualifiant les faits de "meurtre en bande organisée". Cela permet de déployer des moyens d'investigation exceptionnels, notamment en matière de surveillance et de garde à vue.

Très rapidement, l'affaire a pris une dimension nationale. La complexité du dossier a justifié une co-saisine du Pnaco et de la JIRS sur ce meurtre organisé, marquant une volonté de centralisation des forces. La Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, habituée aux dossiers de grand banditisme, travaillera en étroite collaboration avec le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).

Cette nouvelle structure, récemment mise en place pour lutter contre les réseaux mafieux les plus sophistiqués, trouve ici son premier dossier médiatique majeur. Cela illustre parfaitement le rôle du Pnaco dans les affaires corses : frapper fort et coordonner l'action de l'État pour éviter la dispersion des preuves dans des dossiers tentaculaires.

Le spectre du grand banditisme

L'instruction s'annonce complexe et devra explorer de multiples pistes. Les enquêteurs vont devoir démêler l'écheveau des anciennes rivalités, qu'elles soient issues de la sphère nationaliste, du monde du football ou de conflits d'intérêts économiques. Cet assassinat s'inscrit malheureusement dans le lourd contexte du crime organisé en Corse, qui continue de gangrener l'économie et la vie locale malgré les efforts répétés des autorités.

Comme l'explique un expert judiciaire cité par Le Monde, cette attaque est un message : "Personne n'est intouchable, nulle part." En saisissant les juridictions les plus puissantes du pays, l'État tente de reprendre la main sur un cycle de vendetta qui menace la stabilité de l'île. L'objectif est désormais d'identifier non seulement les exécutants, mais surtout les commanditaires de cet acte qui fera date dans l'histoire criminelle insulaire.

Google News Voir les commentaires