Suicide de Camélia : les derniers mots de l'ado harcelée qui s'est jetée sous un train
Alors que ses derniers messages dénoncent un "victim blaming" (le fait de rendre la victime responsable) par la direction de son lycée, le parquet de Meaux mène plusieurs investigations et le ministère a déclenché une inspection. Nous faisons le point sur la situation judiciaire, administrative et les tensions autour du proviseur, qui bénéficie désormais d'une protection fonctionnelle.
Un geste fatal après une convocation au lycée
Le drame s'est noué le 13 janvier 2026, en gare de Villeparisis-Mitry-le-Neuf. Camélia, une élève de 17 ans scolarisée en Terminale (elle en aurait eu 18 le 23 janvier), s'est donné la mort sur les voies du RER B. Selon les premiers éléments, l'adolescente se disait victime de harcèlement scolaire depuis le mois de décembre. Mais ce sont les circonstances immédiates du drame qui suscitent aujourd'hui l'indignation de ses proches : le suicide a eu lieu quelques heures seulement après un entretien disciplinaire avec la direction de son établissement.
La teneur de l'échange révélé en exclusivité par Le Parisien du 20 janvier 2026 est au cœur de la polémique. Dans les derniers SMS envoyés à sa mère, la jeune fille relate une discussion traumatisante. "Ils ont dit que c'est moi la fautive et que j'aurai une sanction disciplinaire", écrit-elle, avant d'ajouter : "Il a dit que je me victimise." Ces mots, qui suggèrent une inversion de la culpabilité, se concluent par un adieu poignant : "En tout cas, je t'aime et t'es la meilleure maman du monde."
Quatre procédures lancées pour établir la vérité
Face à l'émotion suscitée et à la gravité des accusations portées par la famille, la machine judiciaire et administrative s'est emballée. Le parquet de Meaux a ouvert deux premières investigations. La première vise à déterminer les causes de la mort, une procédure standard. La seconde cible directement les faits de harcèlement ayant pu pousser l'adolescente à l'acte. Le procureur Jean-Baptiste Bladier a rappelé la sévérité de la loi : pour des faits de harcèlement scolaire ayant conduit au suicide, la peine encourue peut atteindre dix ans d'emprisonnement.
En parallèle, l'Éducation nationale a réagi en diligentant une enquête administrative. C'est ici que se joue le rôle de l'inspection générale : sa mission sera d'établir si les protocoles d'écoute et de protection ont été respectés par l'équipe éducative. Ces différentes enquêtes devront déterminer s'il y a eu des manquements dans la prise en charge de la souffrance de l'élève.
Le proviseur menacé et placé sous protection
La situation au sein du lycée est devenue explosive. Accusé par la famille et pris pour cible sur les réseaux sociaux, le proviseur du lycée Honoré-de-Balzac de Mitry-Mory fait l'objet de graves menaces. Face à ce climat de violence, le rectorat lui a accordé la protection fonctionnelle. Ce statut juridique garantit à un agent public le soutien de son administration et la prise en charge de ses frais de justice lorsqu'il est attaqué dans l'exercice de ses fonctions.
Le parquet a dû ouvrir deux dossiers supplémentaires, portant le total à quatre procédures distinctes. L'une concerne les menaces de mort visant le chef d'établissement, tandis que l'autre, initiée par une plainte de la famille de Camélia, vise la direction pour "harcèlement moral." Dans ce contexte de deuil et de tensions, une cellule psychologique reste active pour les élèves et le personnel, profondément marqués par l'événement.