Cinéma : 600 professionnels lancent une fronde historique contre l'empire Bolloré

Publié par Matthieu Chauvin
le 12/05/2026
Palais des festivals Cannes
Istock
À la veille de l'ouverture du Festival de Cannes 2026, un collectif de 600 professionnels du cinéma, incluant Juliette Binoche et Adèle Haenel, dénonce publiquement l'emprise grandissante de Vincent Bolloré sur le septième art.

L'industrie cinématographique traverse une zone de turbulences à l'approche de son rendez-vous annuel sur la Croisette. Après des mois d'inquiétudes concernant les restructurations du secteur, plusieurs figures majeures décident de prendre la parole d'une seule voix. La publication d'une lettre ouverte met en lumière les craintes d'un milieu tiraillé entre liberté de création et réalité économique.

Un séisme à la veille de Cannes : l'alerte du collectif Zapper Bolloré

Le 11 mai 2026, les colonnes de Libération accueillent une tribune signée par 600 personnalités de l'industrie. Parmi elles, Juliette Binoche, Adèle Haenel ou encore Swann Arlaud s'unissent pour marquer le début des festivités cannoises par une dénonciation politique. Le texte pointe du doigt une menace directe sur la diversité culturelle. "En confiant le cinéma français à un acteur aux idées d'extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais nous mettons également en péril notre imaginaire collectif sous un contrôle fasciste", s'alarment les signataires dans leur manifeste.

L'ogre UGC : l'ombre d'un monopole total sur le grand écran

L'inquiétude trouve ses racines dans une récente manœuvre financière. En octobre 2025, le groupe Canal+ a acquis 34 % des parts des cinémas UGC, avec une option de rachat total d'ici 2028. Cette opération crée une concentration verticale de la filière : Vincent Bolloré maîtrise déjà la production avec StudioCanal et le financement via Canal+. La prise de contrôle de la diffusion, illustrée par la future acquisition du célèbre cinéma des Halles à Paris, fait redouter une standardisation des œuvres. Selon la tribune publiée dans Libération, le milliardaire "sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran."

Une guerre culturelle : l'idéologie au cœur de la création

Les auteurs du texte établissent un parallèle avec les transformations observées chez CNews ou au sein des éditions Hachette. Ils redoutent que le cinéma ne devienne un relais d'opinion, s'inscrivant dans un projet de société plus vaste. Si les effets sur la ligne éditoriale des longs-métrages restent mesurés à ce jour, le collectif anticipe une censure prochaine. "Si l'influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d'illusion : ça ne durera pas", prévient le texte paru dans le quotidien.

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Un milieu culturel entre résistance et dépendance financière

Cette mobilisation met en évidence le paradoxe d'un secteur perfusé par l'argent de Canal+, premier financeur privé du cinéma français. Cette dépendance économique explique le mutisme d'autres figures du milieu, soucieuses de préserver leurs budgets de production. Face aux critiques, l'industriel se défend vigoureusement de toute ingérence. "Je suis le bouc-émissaire parfait. Je représente toutes les cases que la caste n'aime pas", déclarait Vincent Bolloré lors de son audition à l'Assemblée nationale en mars 2026. Le défi du cinéma tricolore consiste désormais à structurer un mouvement de solidarité pour protéger son indépendance artistique.

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