Pascal Praud "morose" : du rififi chez CNews ?
Fin 2025, la direction de Canal+ sabrait encore le champagne pour célébrer une année record à 3,4 % de part d'audience moyenne. Quelques mois plus tard, le triomphalisme a laissé place à l'inquiétude au sein de la chaîne d'information en continu du groupe de Vincent Bolloré, confrontée à un essoufflement inattendu de sa formule, rapporte Le Parisien.
La chute des audiences face à la percée de BFMTV
En mars 2026, la sanction est tombée. Après quatorze mois de suprématie, la chaîne perdait son statut de leader avec 3,3 % de part d'audience, supplantée par BFMTV qui culminait à 3,6 % selon les données de Médiamétrie. L'étau se resserrait d'autant plus que LCI atteignait un score de 3,2 %, créant un véritable effet de cisaille.
Les observateurs expliquaient ce basculement par une actualité tournée vers les élections municipales et les tensions au Moyen-Orient. Sur ce terrain, la couverture factuelle déployée par la concurrence s'est avérée plus attractive pour les téléspectateurs. "Ils vont chercher ailleurs les informations sur ce conflit qu’ils ne trouvent pas sur CNews" analyse un journaliste concurrent.
Un Pascal Praud en sur-régime
La situation de ce mois est encore pire, selon le quotidien : CNews est ainsi passée "de 4 % de part d’audience en octobre à seulement 2,7 % en avril (Jusqu’au 18 avril)", dépassée par LCI cette fois. Cette perte de vitesse (temporaire ?) s'est accompagnée d'une fragilité palpable de son animateur vedette. Aux commandes de L'Heure des Pros le matin et le soir, tout en assurant une tranche quotidienne sur Europe 1, Pascal Praud affiche des signes d'usure. Comme le révèlent nos collègues, la version matinale a perdu depuis septembre 2025 pas moins de 200 000 spectateurs entre 9h et 10h30, l'équivalent de 6 points de part d'audience, ce qui est énorme.
Dans les couloirs de la chaîne, le journaliste est perçu, souffle un de ses collègues au Parisien, comme "très morose" et peine à masquer sa lassitude : "Ça touche au cœur car c’est le visage du succès de la chaîne." Comme le précise une source présentée comme "un vieux routard de l'audiovisuel", Pascal Praud serait tout simplement "en surrégime". En effet, il assure désormais cinq heures d’antenne quotidienne (CNews et Europe 1) presque "tout seul" et il a encore "gagné une demi-heure de présence après le départ (forcé, NDLR) de Jean-Marc Morandini début février."
Cette affaire a d'ailleurs "révélé de fortes tensions chez eux et un fossé entre ce qu’ils prêchent à l’antenne et ce qu’ils font en interne", note un connaisseur des coulisses de la chaine et selon qui "quelque chose s’est alors cassé." Car, analyse un spécialiste à propos de Morandini, "Qu’on l’aime ou pas, il sait faire de l’audience."
"Ils sont tous en panique"
Ce recul printanier a instauré un climat de fébrilité au siège. "Ils sont tous en panique", déclare le même journaliste. La direction de Canal+ insiste fortement pour retrouver rapidement la première place des audiences. Pourtant, les téléspectateurs historiques de CNews semblent se désengager progressivement, moins stimulés par les thématiques récurrentes de la station. Ce contexte tendu pèse sur une rédaction déjà fragilisée par le départ de visages familiers, à l'image de Sonia Mabrouk au début de l'année 2026, ainsi que par les polémiques régulières impliquant divers intervenants.
Pourtant, tout n'est pas si noir. La chaîne perdrait surtout l'attention de ses spectateurs les plus âgés. "Sur la cible des plus de 65 ans, la part de marché du diffuseur s’est ainsi réduite de 1,4 point, passant de 4,9 % en septembre à 3,5 % mi-avril. Dans le même temps, sur cette cible, LCI progressait d’autant (+ 1,3 point), à 4,4 %", précise Le Parisien.
"En réalité, ils ne perdent pas tant de téléspectateurs que ça. Leur vrai problème, c’est qu’ils restent moins longtemps" estime un professionnel de l'audience . Le temps d’écoute de CNews a chuté de 12 minutes, de 42 minutes en septembre 2025 à seulement 30 mi-avril. Sur la même période, BFM TV a gagné 3 minutes, LCI 7 minutes. "Cette capacité à garder longtemps le téléspectateur était la grande force de CNews", analyse un spécialiste auprès du Parisien.
La rédaction peine à se renouveler
"CNews tournait depuis presque dix ans avec seulement six incarnations fortes : Pascal Praud, Christine Kelly, Romain Desarbres, Laurence Ferrari, Sonia Mabrouk et Jean-Marc Morandini. Ils en ont perdu un tiers", assure le "vieux routard de l’audiovisuel" au Parisien. Et là, CNews a un problème.
"Leur banc de touche est faible, note un interlocuteur. En plus, ils n’arrivent pas à recruter à l’extérieur car ils sont trop sulfureux. Ils en sont réduits à faire monter leur équipe junior comme Gauthier Le Bret ou Eliot Deval. C’est insuffisant."
Les limites du modèle éditorial
L'épreuve du terrain montre que le format fondé sur le débat permanent se heurte à un besoin de reportages bruts lors des crises. En misant sur l'investigation locale et les débats en régions, BFMTV a réussi à siphonner une partie de cette audience volatile. Car pour les spécialistes, il n'y a pas que le manque de couverture des municipales ou de la guerre en Iran qui pêche.
Il y a aussi la ligne éditoriale, comme celle pro-Israël ou pro-Trump : "Ils ont tellement dit que Trump était génial qu’ils n’arrivent pas à dire qu’il va trop loin, comme le pensent une écrasante majorité des Français. Ils se sont enfermés dans une radicalité dont ils n’arrivent pas à sortir."
La direction mise en cause pour sa radicalité
"Tout le monde pense désormais pareil dans leurs faux débats qui abordent toujours les mêmes sujets avec les mêmes têtes. Ça tourne à vide", s’agace un salarié d’un média Bolloré qui se confie à nos confrères. "Les voix de gauche ont d’abord disparu comme Laurent Joffrin. Dorénavant, même celles de droite comme Philippe Bilger sont poussées vers la sortie car parfois un peu en désaccord avec la ligne officielle", selon le "vieux routard de l'audiovisuel."
Preuve que la direction pose problème, rapporte Le Parisien : "Pascal Praud a voulu inviter dans son émission Philippe Bilger pour débattre de son livre qui met en cause la ligne éditoriale de la chaîne. Refus de sa direction pour qui l’heure semble plus que jamais au raidissement. Une tendance illustrée par le lancement, en février, de '100 % Frontières', une quotidienne en partenariat avec le média identitaire du même nom."
"La radicalité de Bolloré a fait le succès de CNews en offrant aux téléspectateurs quelque chose qu’il n’avait jamais vu encore. Elle peut désormais conduire à sa chute" note une figure du petit écran. La direction se retrouve désormais face à un choix délicat : renouveler sa grille à l'approche de l'été ou faire évoluer son ton pour éviter une baisse structurelle définitive.
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