Dès 2027, les communes pourront vous verbaliser avec leurs propres radars !
La mesure rebat entièrement les cartes de la sécurité routière locale. Issue de la loi 3DS, cette passation de pouvoir suscite déjà de vives crispations chez les associations de conducteurs. Entre la multiplication annoncée des boîtiers urbains et l'arrivée de technologies scrutant l'intérieur des habitacles, la vigilance au volant exigera une attention constante.
La fin du monopole de l'État sur les radars prévue en 2027
L'application deviendra une réalité dès le 1er janvier 2027. À cette date butoir, les communes, les intercommunalités et les départements décrocheront la compétence inédite d'implanter des dispositifs de contrôle automatisé sur leurs routes. Cette autonomie locale inédite met un terme définitif à des décennies de gestion strictement étatique.
L'installation de ces nouveaux équipements ne relèvera pas pour autant du simple bon vouloir des élus. L'encadrement juridique demeure strict. Selon les dispositions du décret n°2024-202 du 8 mars 2024, chaque demande d'implantation exigera un avis favorable du préfet. Les maires devront impérativement motiver leur requête en fournissant une étude d'accidentalité approfondie, justifiant la dangerosité avérée de la zone ciblée.
Une explosion des contrôles attendue dans les centres-villes
Ce transfert de compétence annonce un bouleversement d'échelle pour les conducteurs. Aujourd'hui, l'État administre un parc limitant à 4 819 radars répartis sur les 20 000 kilomètres du réseau national. En face, les collectivités gèrent plus de 700 000 kilomètres de voirie. Face à cette disproportion, les experts spécialisés anticipent le déploiement de 3 000 à 5 000 nouveaux boîtiers à travers le pays.
Ces dispositifs, baptisés "Système de contrôle automatisé des collectivités" (SCAT), révolutionnent l'approche répressive. Grâce à une intelligence artificielle redoutable, la sanction ne se bornera plus à la vitesse. Selon Auto-Moto, ces machines détecteront simultanément le franchissement d'un feu rouge, le défaut de ceinture ou l'usage du téléphone au volant. Les mairies déploieront ces outils en priorité sur les abords des écoles, les traversées de villages et les intersections urbaines accidentogènes.
Un risque de dérive financière redouté par les automobilistes
La mécanique de cette décentralisation soulève un paradoxe notable. Si les municipalités assument le coût des cabines, elles ne percevront pas directement les recettes des contraventions. L'association Départements de France clarifie la règle : "La politique pénale n’étant pas décentralisable, il n’est pas possible de flécher tout ou partie du produit des amendes vers la collectivité propriétaire des radars." En 2023, la Sécurité Routière rapportait 965 millions d'euros générés par ces appareils. Sur cette somme, 76,6 % financent la lutte contre l'insécurité routière via l'AFIT France et les collectivités.
Sur LCI, Frédéric Cuillerier, co-président de la commission Mobilité de l'Association des Maires de France (AMF), explique : "Les recettes liées aux infractions vont directement dans les caisses de l'État. S'il y avait un juste partage au moins des recettes liées à cet investissement, nous pourrions imaginer qu'un certain nombre de communes pourraient investir parce qu'elles y trouveraient un équilibre financier."
Les usagers craignent donc une motivation pécuniaire mais aussi politique. Sur LCI, Pierre Chasseray, délégué général de 40 Millions d’automobilistes, fustige la mesure, la qualifiant de "délire." Il insiste : "Le radar va devenir une arme purement politique, avec des villes plutôt ancrées dans certaines tendances qui sont opposées à l'usage de l'automobile et donc aux automobilistes et qui vont décider de mettre des radars partout pour embêter les gens, soyons très clairs."
Les conséquences sur les permis s'annoncent lourdes. Avec la prolifération de ces tourelles intelligentes, un passage inattentif en ville pourrait générer un retrait groupé de points et une cascade d'amendes de 135 euros sur des trajets autrefois sans surveillance.
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