Depuis plusieurs jours, la rumeur enfle sur Internet : des policiers en civil infiltreraient les cortèges de manifestants, en les provoquant et en les incitant à casser, ou en s'improvisant eux-mêmes casseurs. Qu'en est-il ? Des policiers reçoivent-ils vraiment ce genre de consignes pour décrédibiliser un mouvement ? Éléments de réponse.
Y a-t-il vraiment des policiers 'casseurs' dans les manifs ?
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Personne ne nie la présence de policiers en civil dans les cortèges de manifestants. Ils participent au bon déroulement des manifestations, permettant une identification et une intervention plus rapide en cas de problème. Mais les policiers provoquent-ils les casseurs ? Cassent-ils eux-mêmes ?

Ce n'est pas la première fois que, dans un contexte de conflit social, on évoque une prétendue participation cachée de la police lorsqu'une manifestation dégénère. Cependant, il n'est pas si fréquent qu'un homme politique en parle ouvertement.

Jean-Luc Mélenchon accuse certains policiers d'être des "casseurs"

Habitué aux polémiques, Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche, a relayé devant les médias la rumeur qui circule sur Internet. Le 24 octobre, sur i-Télé et France Inter, il évoque donc cette pratique, "cette présence, dans les cortèges de manifestants, de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police". Pour lui, il est clair que ces policiers obéissent à des ordres, mais il souhaiterait qu' ils "affirment d'une manière beaucoup plus forte leur opposition à un certain nombre de consignes et de pratiques".

Face à ces graves critiques, les syndicats de police ont réagi dès le 25 octobre. Le syndicat Synergie Officiers estime que "ces propos sont irresponsables et injurieux" et a invité le ministre de l'Intérieur à porter l'affaire devant la justice, au vu du caractère diffamatoire des propos. Cependant, Brice Hortefeux aurait décidé de ne pas porter plainte contre Jean-Luc Mélenchon.

"Des policiers en exercices camouflés"

Le 27 octobre, Bernard Thibault, leader de la CGT, revient sur le sujet dans le journal Libération : "la présence de policiers en exercice, camouflés sous des badges syndicaux, à Lyon, à Paris ne fait aucun doute". Il regrette également que "des manipulateurs s'infiltrent et poussent au crime dans des [...] manifestations [...] pour avoir des images chocs pour le JT de 20h et créer un climat de tension".

Les politiques et les syndicats ne sont pas les seuls à soupçonner de tels agissements. Sur la Toile, nombreux sont les manifestants qui font état de faits étranges ayant eu lieu dans les cortèges... et qui pensent que des policiers en civil participent activement à certains débordements.

Le site Internet Lemonde.fr a interrogé Philippe Capon, de l'UNSA (Union nationale des syndicats autonomes), sur la possibilité que des policiers puissent recevoir l'ordre de "casser". Celui-ci dément fermement : "Vous imaginez quelqu'un donner une consigne pareille, même verbalement ? Il y a des syndicats dans la police, très attachés au droit à manifester, ils réagiraient immédiatement".

Une enquête de la Direction générale de la police nationale

Cependant, il existe bien des pratiques douteuses des forces de l'ordre lors de manifestations. Ainsi, à Lyon, le préfet du Rhône a dû reconnaître la présence de deux policiers en exercice arborant un autocollant CGT dans les cortèges du 19 octobre. Il s'est vu contraint de demander une enquête à la Direction générale de la police nationale afin de "savoir si c'était conforme à la déontologie ou pas".

Par ailleurs, quelques députés communistes et du Parti de gauche ont demandé à l'Assemblée nationale de créer une commission d'enquête parlementaire sur les manifestations, estimant que des doutes existent "sur le rôle de casseurs et de provocateurs que des policiers auraient pu jouer".

Une vidéo qui fait débat

La vidéo ci-dessous a fait le tour du web en quelques jours seulement. Le 18 octobre, à Paris, dans le quartier de la Bastille, un journaliste de l'agence Reuters suit le convoit sauvage d'un groupe d'anarchistes.

A quelques pas du cortège, le journaliste filme un casseur brisant la vitrine d'une banque. Un homme aux cheveux blancs se précipite sur lui pour le stopper, mais se fait agresser par un autre casseur portant une matraque, qui lui assène un coup de pied dans le dos.

Si la vidéo fait beaucoup parler, c'est parce que nombreux sont ceux qui pensent observer là des policiers, et leurs arguments sont multiples.

"L'homme à la matraque, on dirait un policier"

Le site Internet Arrêt sur images a réussi à retrouver l'homme qui tente d'arrêter le casseur. Celui-ci avoue que le casseur a été "sidéré de mon intervention". Il explique également que le coup reçu dans le dos n'était pas du tout fort, mais maîtrisé, et que les personnes qui l'entourent ensuite lui ont donné des "faux" coups, "jusqu'à ce qu'une voix autoritaire dise 'lâchez-le !'" Pour l'homme, pas de doute, ce seraient des "policiers qui avaient des consignes pour laisser faire des dégâts matériels, mais surtout pas de blessés".

Par ailleurs, celui qui donne le coup de pied semble porter une matraque, qui ressemblerait à un tonfa, l'arme utilisée par les policiers. Après le coup, il s'en sert pour disperser la foule. Selon Jean-François Herdhuin, ancien commissaire de police interrogé par le site Internet Rue89, "l'homme à la matraque, on dirait un policier. Mais je ne suis pas sûr à 100%".

Enfin, un casseur "traditionnel" n'aurait pas attaqué seul la vitrine, car il aurait alors risqué de se faire prendre seul. Il aurait également refusé d'être filmé d'aussi près.

Le 28 octobre, en fin de journée, plusieurs sites internet annoncent que la police aurait arrêté l'homme à la matraque. Selon la police, il s'agirait en réalité d'un militant d'extrême gauche extrêmement violent et bien connu. Cette information reste cependant à vérifier.

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