Salon de l’agriculture : une ouverture samedi sous haute tension

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 20/02/2026
vache
Istock
Le Salon de l’agriculture ouvre ses portes dans un climat inhabituellement tendu. Entre épizooties, aléas climatiques, revenus instables et tensions commerciales internationales, les agriculteurs abordent l’édition 2026 avec inquiétude, loin de l’ambiance festive habituelle.

Le Salon international de l’agriculture ouvre ses portes samedi, porte de Versailles à Paris, dans une atmosphère bien différente des années fastes. Habituellement vitrine festive du monde rural et rendez-vous incontournable des politiques, l’édition 2026 s’annonce plus morose. 

En cause : une succession de crises sanitaires, climatiques et économiques qui fragilisent profondément les exploitations françaises. Selon Le Monde, cette grande fête agricole sera marquée par « la morosité » et une colère persistante des agriculteurs .

Un signal fort de cette situation inédite : l’absence de bovins et de volailles dans le Hall 1, le plus visité du Salon. Habituellement cœur battant de l’événement, ce hall emblématique sera privé de ses vaches égéries, de ses taureaux charolais ou encore de ses veaux. 

Une décision directement liée aux épizooties qui frappent le territoire, notamment la dermatose nodulaire et les épisodes successifs de grippe aviaire. Un symbole puissant pour un salon qui repose en grande partie sur la rencontre entre le grand public et les animaux d’élevage.

Des crises sanitaires et climatiques qui s’accumulent

Les agriculteurs doivent composer depuis plusieurs années avec une série noire. Les épizooties en chaîne désorganisent les élevages et fragilisent les revenus. La dermatose nodulaire bovine, maladie virale très contagieuse, impose des mesures sanitaires strictes et limite les déplacements d’animaux. Quant à la grippe aviaire, elle a décimé des millions de volailles ces dernières saisons.

Mais les crises ne sont pas uniquement sanitaires. Les aléas climatiques se multiplient et s’intensifient : canicules répétées, épisodes de gel tardif, crues et inondations. Autant de phénomènes qui affectent les récoltes, compromettent les rendements et accroissent les charges des exploitations. Les agriculteurs doivent investir davantage pour protéger leurs cultures et leur cheptel, alors même que leurs revenus restent instables.

Vous avez aimé cet article ?

Cette accumulation pèse sur le moral d’un secteur déjà éprouvé. Le Salon, qui se voulait traditionnellement un moment de respiration et de fierté, se tiendra cette année dans un contexte de lassitude. Les visiteurs, nombreux parmi les seniors attachés aux traditions agricoles françaises, découvriront un secteur en quête de solutions durables.

Des revenus inconstants et une concurrence internationale accrue

Au-delà des crises sanitaires et climatiques, c’est aussi la question des revenus qui cristallise la colère. Les exploitants dénoncent depuis plusieurs mois la volatilité des prix agricoles et l’insuffisance des rémunérations face à l’explosion des charges : énergie, alimentation animale, matériel, assurances.

Les tensions commerciales internationales viennent compliquer encore la donne. Les discussions autour des accords de libre-échange, notamment avec les pays du Mercosur, inquiètent une partie du monde agricole. Beaucoup redoutent une concurrence jugée déloyale, avec des normes environnementales et sanitaires moins contraignantes dans certains pays exportateurs.

Dans ce contexte, les « équilibres fragiles » du secteur sont mis à rude épreuve . L’agriculture française, déjà confrontée à des marges réduites, doit défendre son modèle face à une mondialisation accélérée. Les syndicats agricoles, eux-mêmes traversés par des divergences stratégiques, peinent à afficher une unité complète, ce qui alimente un sentiment d’incertitude.

Un Salon plus politique que jamais

Le Salon de l’agriculture est traditionnellement un passage obligé pour les responsables politiques. Cette année encore, les visites officielles devraient se multiplier, mais dans un climat plus tendu. Les agriculteurs attendent des réponses concrètes : simplification administrative, soutien financier, meilleure protection face à la concurrence étrangère.

Pour les visiteurs de plus de 50 ans, souvent attachés au monde rural, cette édition aura une résonance particulière. Beaucoup ont grandi dans des territoires où l’agriculture structurait la vie locale. Ils assistent aujourd’hui à la transformation rapide du secteur : concentration des exploitations, départs en retraite difficiles à remplacer, évolution des pratiques vers plus de durabilité.

Le Salon restera malgré tout un lieu d’échanges, de pédagogie et de découverte. Des établissements d’enseignement agricole, comme le montre la préparation d’élèves à une épreuve remplacée par une vidéo en raison du contexte sanitaire, continuent de mettre en avant les nouvelles générations. Un signe que la relève est bien là, même si elle hérite d’un paysage complexe.

Entre attachement aux traditions et nécessaire transformation

Si l’absence d’animaux emblématiques marque les esprits, elle rappelle aussi la vulnérabilité d’un modèle soumis aux aléas mondiaux. L’agriculture française se trouve à la croisée des chemins : répondre aux attentes environnementales, garantir la souveraineté alimentaire, assurer un revenu digne aux exploitants et maintenir un lien fort avec les consommateurs.

Pour les seniors, qui constituent une part importante du public du Salon, ces enjeux sont concrets. Ils concernent le pouvoir d’achat, la qualité des produits dans les assiettes, mais aussi l’aménagement du territoire. Car derrière chaque exploitation fragilisée, ce sont des villages, des commerces et des services qui peuvent disparaître.

L’édition 2026 du Salon de l’agriculture s’ouvre donc dans un climat contrasté : moins festive, plus grave, mais peut-être aussi plus lucide. Elle pourrait marquer un tournant, en mettant en lumière les fragilités d’un secteur essentiel à la vie du pays. Une chose est sûre : au-delà des stands et des dégustations, le débat sur l’avenir agricole français s’annonce central dans les allées de la porte de Versailles.

Google News Voir les commentaires