Procès pour corruption de Rachida Dati : une première audience sans Carlos Ghosn
L'ancienne garde des Sceaux comparaît devant la justice pour répondre de soupçons de corruption liés à ses anciennes activités d'avocate auprès du groupe automobile. Face aux poursuites du Parquet national financier, l'élue conteste toute malversation et défend la légalité de son travail. Dès les premières minutes, les magistrats ont tranché la question de l'absence de son coprévenu exilé au Proche-Orient.
Une ouverture sous tension et le rejet du renvoi sollicité par Carlos Ghosn
Le coup d'envoi des débats a retenti devant la 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Au cœur de cette audience très attendue figure la comparution de Rachida Dati, poursuivie pour corruption passive et trafic d'influence passif. Les débats doivent s'étaler sur six demi-journées d'audience du 16 au 28 septembre 2026, posant un cadre judiciaire dense face aux magistrats financiers.
L'ombre de son coprévenu plane lourdement sur la salle. Réfugié au Liban pour échapper à un mandat d'arrêt international émis par la France, Carlos Ghosn n'a pas fait le déplacement. L'ancien patron de l'alliance automobile contestait la validité de sa citation et demandait un report du procès par courrier. Après délibéré, les juges ont rejeté cette demande de disjonction et de report.
"Le tribunal conserve l'entier dossier pour être jugé ce jour et dans les cinq jours qui suivent", a affirmé la présidente de la chambre Claire Saas, selon des propos rapportés par l'AFP. L'ancien dirigeant sera donc jugé par défaut, la justice française pouvant légalement examiner son dossier et prononcer une condamnation sans présence physique ni extradition.
Présente dans le prétoire, l'ancienne ministre a affiché une combativité totale. Dès la prise de parole initiale, elle a réaffirmé son innocence en dénonçant une procédure montée selon elle sur des présomptions erronées, réfutant toute action illicite en marge de ses fonctions électives passées.
Les 900 000 euros d'honoraires au microscope et les risques encourus
L'instruction financière s'articule autour d'une convention signée avec la holding néerlandaise Renault-Nissan BV. Entre 2010 et 2012, la structure a versé un total de 900 000 euros d'honoraires, réglés sous forme de trois paiements annuels de 300 000 euros hors taxes. Durant cette même période, l'élue siégeait comme députée au Parlement européen, une concomitance au centre des investigations du ministère public.
Le litige réside dans la qualification réelle de cette mission rémunérée. Pour l'accusation, appuyée par les constitutions de parties civiles du groupe Renault et de l'association Anticor, les investigations révèlent une quasi-absence de livrables matériels. Les enquêteurs soupçonnent une activité de lobbying déguisée en faveur du groupe automobile, pointant trois questions parlementaires favorables au constructeur. À l'opposé, la défense soutient que ces sommes rémunéraient des prestations de conseil juridique international et de développement stratégique, des tâches confidentielles protégées par le secret professionnel de l'avocat.
Ce procès comporte une menace directe sur son parcours politique. Si le tribunal retient la culpabilité, les peines maximales prévues par le Code pénal atteignent jusqu'à 10 ans d'emprisonnement, 450 000 euros d'amende et une mesure de 5 ans d'inéligibilité. Une telle sanction d'inéligibilité frapperait immédiatement ses mandats locaux actuels et compromettrait ses ambitions électorales futures.
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