La réforme des retraites est de celles qui effraient assez Emmanuel Macron pour qu'il ne se décide à la reporter à plusieurs reprises. Initialement prévue pour 2019, elle ne sera finalement pas discutée avant les élections municipales. Certains ministres évoquent même des régimes particuliers…
AFP

Réforme des retraites : Emmanuel Macron va-t-il abandonner l’universalité ?

"Je défendrai jusqu’au bout la spécificité du statut des policiers et du statut des gendarmes pour que l’on reconnaisse cette spécificité et que l’on reconnaisse leur droit à un départ à la retraite plus tôt", s’indignait Christophe Castaner sur le plateau de BFMTV, le 17 septembre 2019. Des propos raccords avec les revendications des policiers, qui prévoient une "marche de la colère" dans les rues de la capitale, le 2 octobre 2019, rappelle Le Parisien. Ils n’en mettent pas moins un coup à l’objectif d’universalité défendu par le gouvernement depuis le débuts de ce projet, réforme mère de toutes les batailles, comme le souligne le quotidien Les Echos

"Nous mettrons fin aux injustices de notre système de retraites. Un système universel avec des règles communes de calcul des pensions sera progressivement mis en place", affirmait Emmanuel Macron en 2017, dans son programme de campagne, se souvient Le Figaro. Déjà à l’époque, le slogan était posé : "Avec un principe d’égalité : pour chaque euro cotisé, le même droit à la pension pour tous", écrivait le candidat.

Pourtant, et en dépit des desiderata d’universalité, de justice et d’égalité affichés par Jean-Paul Delevoye, le président de la République pourrait être contraint de reculer. C’est en tout cas ce que laisse entendre le quotidien marqué à droite pour qui, par pragmatisme, Emmanuel Macron finira par préférer "une injustice à un désordre". Et lui de pointer du doigts quelques unes des concessions déjà demandées par les ministres, Christophe Castaner n’étant pas le seul à défendre certains statuts. Les discussions, déclarait récemment Edouard Philippe, devront se faire "profession par profession". "Nous devons repenser les carrières des enseignants et des chercheurs, et le système de rémunération", a-t-il également promis.

"Si la dimension universelle a toujours été au coeur des éléments de langages du gouvernement, il ne faut pas perdre de vue qu’elle a toujours été impossible à mettre en place, une fois confrontés aux réalités du terrain", observe pour sa part Christophe Bouillaud, politologue et professeur de science politique à l’Institut d’Etudes Politique (IEP, Sciences-Po) Grenoble. "Il n’est donc étonnant de voir que l’exécutif travaille aux aménagements qu’il devra mécaniquement concéder. Ce qui ne signifie pas qu’Emmanuel Macron va renoncer officiellement à son projet d’universalité… Il expliquera simplement que la base est universelle mais qu’il faudra tout de même s'accommoder de quelques spécificités", s’amuse l’enseignant.

"Il n’empêche", poursuit-il, "les récentes déclarations de Christophe Castaner sonnent à certains égards comme un aveux d’échec. Cela devrait contribuer au goût d’injustice que cette réforme risque de laisser dans la bouche des Français".

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