La France devrait échapper à la récession malgré la guerre au Moyen-Orient

Publié par Matthieu Chauvin
le 05/03/2026
François Villeroy de Galhau
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© Blondet Eliot/ABACA
Malgré l'escalade de la guerre en Iran qui s'étend au Moyen-Orient et la récente flambée des prix de l'énergie, la Banque de France l'assure fermement : notre économie échappera à la récession en 2026. Peut-on vraiment y croire ?

Depuis plusieurs jours, le blocage soudain du détroit d'Ormuz par l'Iran ravive les pires craintes d'une nouvelle tempête économique mondiale. Avec un cours du pétrole en hausse de 15 % et un prix du gaz qui bondit de 50 % en ce début du mois de mars, de nombreux ménages s'inquiètent légitimement pour leur pouvoir d'achat. Toutefois, les autorités financières et le gouvernement se veulent particulièrement rassurants quant à la solidité de l'activité hexagonale face à cette onde de choc.

La Banque de France écarte formellement tout risque de récession

Le 5 mars, le gouverneur de la Banque de France s'est longuement exprimé sur l'antenne de France Inter pour apaiser les craintes grandissantes des marchés et des consommateurs, après quatre jours de conflit militaire ouvert au Moyen-Orient. Ses déclarations se veulent sans aucune ambiguïté pour rassurer le grand public. "La stabilité financière, elle n'est pas en risque, je peux le dire très clairement", a fermement martelé François Villeroy de Galhau face aux auditeurs. 

Même si le baril de Brent est aujourd'hui proche des 83 dollars sous l'effet des tensions géopolitiques, l'institution monétaire maintient résolument le cap. Elle confirme de fait sa trajectoire de croissance macroéconomique positive pour l'année en cours, dissipant les rumeurs alarmistes d'un repli sévère de la production.

Une économie bien mieux armée face à l'inflation qu'en 2022

La conjoncture actuelle diffère profondément du traumatisme provoqué par le début de l'invasion de l'Ukraine. En 2022, la perturbation éclatait en pleine phase de relance post-Covid, entraînant une hausse généralisée sur la totalité des matières premières. À l'inverse, en cette année 2026, l'inflation globale est déjà repassée nettement sous le seuil cible des 2 %, avec une prévision solidement établie à 1,3 % par l'Insee. La hausse des prix hors énergie et alimentation se limite à 1,6 %

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De surcroît, la dépendance énergétique du pays reste très modérée par rapport à ses voisins. Lors d'un point presse à Bercy le 3 mars 2026, le gouverneur a rappelé que la France demeure "très peu exposée" aux hydrocarbures de la région en crise, ces importations représentant "un peu plus de 10 %" de nos approvisionnements. La résilience reposerait sur de nouveaux moteurs : la consommation est désormais tirée par des salaires qui augmentent plus vite que l'inflation, tout en s'appuyant sur l'excellente santé des services marchands et du fleuron de l'industrie aéronautique. Un peu trop beau pour être vrai ?

Un impact maîtrisé sur votre budget et vos crédits immobiliers

À la pompe ou pour remplir les cuves de fioul, une légère hausse de "quelques centimes" est logiquement anticipée dans les semaines à venir. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a néanmoins exhorté les automobilistes à la raison, estimant qu'il n'y a "pas de raison de se ruer dans les stations-service." Le gouvernement exclut d'ailleurs toute baisse immédiate des taxes sur les carburants, qualifiant une telle intervention de "prématurée."

Du côté des emprunteurs, la sérénité reste de mise concernant les prêts immobiliers. La Banque centrale européenne refuse catégoriquement d'agir dans l'urgence. "Ce serait une erreur de prévoir aujourd'hui [...] un mouvement éventuel sur les taux d'intérêt" en se basant seulement sur l'instabilité des tarifs énergétiques, a précisé François Villeroy de Galhau. Enfin, le marché du travail s'annonce robuste. 

Avec une hausse du Produit intérieur brut estimée à 1,0 % pour l'année, le taux de chômage national devrait se stabiliser aux alentours de 7,7 %. Pour soutenir cette dynamique, la Banque de France incite subtilement les citoyens à puiser dans leur important surplus d'épargne, qui culmine aujourd'hui à 19 %, afin de faire tourner l'économie locale. Mais on sait qu'ils sont peu enclins à le faire.

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