Guerre au Moyen-Orient : un risque de pénurie de carburant en France ?
Les tensions ont basculé dans une nouvelle dimension suite aux frappes américano-israéliennes menées contre l'Iran le 28 février dernier. En représailles, les Gardiens de la révolution ont mis à exécution leur menace de bloquer le détroit d'Ormuz dès le 1er mars 2026. Ce goulot d'étranglement est le point de passage d'environ 20 millions de barils par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale selon les données de l'IEA.
Les marchés ont réagi instantanément à cette annonce brutale. Selon Discovery Alert, le baril de Brent a bondi de 13 % ce lundi 2 mars, touchant un pic à 82,37 dollars avant de se replier vers 78 dollars. Face à cette volatilité, l'Opep+ a tenté de rassurer en annonçant une hausse de sa production de 206 000 barils par jour pour le mois d'avril afin de compenser les perturbations.
Des réserves stratégiques garanties pour trois mois
La France ne se trouve pas démunie face à cette crise géopolitique. En application des règles strictes de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et de l'Union européenne, le pays maintient en permanence des stocks stratégiques. Gérées par la SAGESS (Société anonyme de gestion des stocks de sécurité), ces réserves équivalent à 90 jours d'importations nettes.
La structure même des approvisionnements tricolores a évolué. Contrairement à l'époque des chocs pétroliers, la France a diversifié ses fournisseurs en se tournant vers les États-Unis, l'Afrique, la mer du Nord ou le Kazakhstan. Le blocage d'Ormuz ne coupe donc qu'une part minoritaire des flux directs. Comme l'analyse Francis Perrin, directeur de recherche à l'Iris, dans les colonnes de L'Express du 1er mars : « Il faut distinguer la crainte d'une pénurie d'une pénurie effective. » Pour l'expert, une rupture physique mondiale reste un scénario « extrêmement rare ».
« C’est trop tôt pour s’affoler »
Le péril actuel ne réside pas dans les cuves de pétrole brut, mais bien dans le comportement des consommateurs. Les professionnels redoutent des "ruptures artificielles" provoquées par une ruée préventive des automobilistes, vidant les stations plus vite que la logistique ne permet de les remplir.
Francis Pousse, représentant des stations-service, appelle à la responsabilité dans La Provence ce 2 mars : « C’est trop tôt pour s’affoler. Il ne faut pas créer de ruptures artificielles dans les chaînes de distribution. » Si l'approvisionnement est sécurisé pour au moins trois mois, le portefeuille des Français sera tout de même impacté. Une "prime de risque" géopolitique pourrait rapidement pousser les tarifs à la pompe vers la barre symbolique des 2 euros le litre si le blocus devait perdurer.
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