Entre Marine Le Pen, Nathalie Kosciusko-Morizet et Gilbert Mitterrand, il existe un point commun : ils sont tous trois des "fils" ou des "filles de" sur la scène politique française. Un avantage certain pour accéder aux plus hautes fonctions de l'Etat ? Pas nécessairement…
AFP

Aurélien Enthoven, Thomas Hollande : ces "fils de" qui prennent exemple sur leurs parents

En politique, ils sont nombreux à suivre les traces de leurs parents. Aurélien Enthoven, fils de Raphaël Enthoven et de Carla Bruni - et donc beau-fils de Nicolas Sarkozy -, vient par exemple de s’engager en faveur de l’UPR. Son engagement a d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre dans la presse d’information générale autant que dans les journaux people. Youtubeur fort de plusieurs dizaines de millions d’abonnés, il a fait savoir qu’il comptait en profiter pour oeuvrer "pour la souveraineté et la lutte contre l’obscurantisme", rappelle d’ailleurs le magazine Gala.

Dans la famille étendue des Sarkozy, Aurélien Enthoven est loin d’être le seul à s’être lancé en politique. Jean, l’aîné de l’ancien président de la République est d’ailleurs devenu conseiller municipale à 22 ans… Avant d’essuyer une violente polémique à la suite de l’annonce, en 2009, de sa potentielle nomination à la tête de l’établissement public d’aménagement du quartier d’affaires de la Défense, souligne Le Figaro.

Dans la famille d’un autre ex-président on retrouve aussi un enfant engagé en politique, rappelle le magazine people. C’est notamment le cas de Thomas Hollande, qui s’est considérablement engagé dans la campagne présidentielle de sa mère en 2007 ainsi que dans celle de son père, en 2012. Il serait d’ailleurs, d’après le site d’information, le "premier ‘fils de’ à reprendre le flambeau" à travers un "engagement sur le terrain"... Sans pour autant un franc succès, en terme d’implantation sur la scène politique française.  Et pour cause ! A échelle nationale, être "fils de" ne garantit rien, assure le politologue et professeur de science politique à l’IEP Grenoble Christophe Bouillaud.

"En politique, l’hérédité n’a de valeur que sur le plan local, ou être ‘fils de’ peut effectivement jouer un rôle considérable. Cependant, il n’existe pas vraiment de dynastie à échelle nationale de ce côté de l’Atlantique. En France et en Europe, la progéniture des grands dirigeants se démarque plus par son ineptie politique, comme ce fut le cas de l’amiral de Gaulle, qui n’a jamais su percer", rappelle notamment l’enseignant. Les exemples, selon lui, font légion. "On pourrait aussi parler de Gilbert Mitterrand, fils de François Mitterrand. Il a été élu maire de la commune de Libourne mais n’a jamais su marcher dans les traces de son père", pointe-t-il du doigt, non sans évoquer également Louis Giscard d’Estaing.

"N’oublions pas que les capacités politiques se révèlent très tôt, entre 15 et 25 ans, environ. Jean Sarkozy, Thomas Hollande ou Aurélien Enthoven, entre autres, se seraient déjà distinguées, s’ils faisaient montre d’un talent particulier", assène d’ailleurs le professeur pour qui le caractère d’héritier ne les avantage pas réellement. "Bien sûr, ils bénéficient - ou bénéficieront - d’un carnet d’adresse déjà solide. Mais en politique, cela ne fait pas tout…"

Martine Aubry, NKM, Jean-Pierre Raffarin… Ces autres "fils et filles de" qui ont su se faire un trou

Le fait est, pourtant, que certaines et certains ont su profiter de leur héritage pour s’imposer durablement dans le monde politique Français. C’est notamment le cas de Roselyne Bachelot, qui fut notamment ministre de la Santé, et dont le père Jean Narquin était un résistant et un député gaulliste de Maine-et-Loire, rappelle 20 minutes. Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de 2002 à 2005 est également le fils d’une figure éminente du gouvernement composé par Pierre Mendès-France en 1954. Il est le fils de Jean Raffarin qui fut, entre autres, secrétaire d’Etat à l’agriculture.

Sans oublier Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur, président de l’Assemblée nationale, puis du conseil constitutionnel : il n’est autre que le fils de Michel Debré, à qui l’on doit notamment la constitution de 1958 et qui fut le Premier ministre du général de Gaulle entre 1959 et 1962. Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a fait partie des figures importantes de la droite républicaine, est également fille et petite fille d’anciens politiques.

"Des personnalités comme celles évoquées, ou comme Martine Aubry par exemple, n’ont pas compté que sur leur héritage. Ce n’est pas parce qu’elle est la fille de Jacques Delors que l’ancienne patronne du PS a su s’implanter durablement en politique : c’est parce qu’elle avait du talent, un certain charisme et qu’elle a su entretenir sa présence dans les médias. Évidemment, bénéficier du carnet d’adresse de ses parents n’est jamais un désavantage, sauf quand cela se substitue à une véritable éducation politique", souligne l’enseignant pour qui les difficultés de nombreux "fils et filles de" proviennent d’un manque d’attention et de suivi de la part de leurs parents.

Il existe toutefois une exception particulièrement notable sur la scène politique française : le cas Le Pen. "L’extrême droite française à cela d’étonnant qu’elle s’est institutionnalisée autour d’une famille. Mécaniquement porter le nom de Le Pen constitue donc un avantage particulièrement important pour quiconque veut prendre la tête du parti", détaille Christophe Bouillaud. "Actuellement cela se voit très clairement avec la tentative de Florian Philippot, dont le parti prend l’eau, mais une situation comparable avait déjà eu lieu avec Bruno Mégret qui a été complètement marginalisé", rappelle l’enseignant à Sciences-Po. Un phénomène d’autant plus surprenant qu’il fait office de singularité en Europe, poursuit encore le politologue.

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