Procès des viols de Mazan : audience décisive pour l'indemnisation de Gisèle Pelicot

Publié par Matthieu Chauvin
le 29/05/2026
Gisèle Pelicot
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© Europa Press/ABACA
Après le retentissement des condamnations pénales, l'affaire des viols de Mazan s'achève ce vendredi 29 mai 2026 avec l'audience civile chargée de fixer les réparations dues à Gisèle Pelicot et ses proches.

Ce nouveau rendez-vous judiciaire intervient près d'un an et demi après le verdict qui a condamné 51 accusés à des peines allant de trois à vingt ans de réclusion criminelle. La justice se penche désormais sur la délicate traduction financière de ce calvaire de dix ans. Cette ultime étape juridique doit clore le volet d'un dossier qui a profondément marqué la société française mais aussi le monde entier.

Le dernier acte judiciaire de l'affaire Pelicot

Ce vendredi 29 mai 2026, la cour criminelle de Vaucluse se réunit pour l'audience consacrée aux intérêts civils, selon les informations rapportées par La Provence. Cette échéance intervient après deux reports successifs survenus en mars et en novembre 2025. L'enjeu de cette journée consiste à statuer sur les demandes de dommages et intérêts présentées par les neuf parties civiles, comprenant Gisèle Pelicot ainsi que ses enfants et petits-enfants.

Ce volet civil s'inscrit dans le prolongement direct de la condamnation des accusés. Lors du verdict prononcé le 19 décembre 2024, le président de la cour Roger Arata avait déclaré : "Monsieur Pelicot, vous êtes déclaré coupable de viol aggravé sur la personne de Gisèle Pelicot." Dominique Pelicot purge actuellement une peine de vingt ans de réclusion criminelle pour avoir orchestré ces agressions sous soumission chimique entre 2011 et 2020. L'enquête avait alors dénombré 92 viols.

Évaluer et chiffrer le préjudice de l'innommable

Pour estimer l'ampleur des traumatismes, une expertise médicale complète s'est retrouvée au centre des débats, justifiant les délais demandés par les avocats de la victime. Selon une ordonnance citée par Libération, "l'expert a conclu que les atteintes dont elle était victime étaient imputables de façon directe, certaine et exclusive aux faits subis."

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La cour a la lourde tâche de ventiler cette indemnisation à travers une nomenclature précise. En premier lieu figure le préjudice sexuel, qualifié d'extrêmement important, voire de total dans ce dossier. Les barèmes pour les situations les plus graves oscillent habituellement entre 30 000 et 60 000 euros. Vient ensuite le préjudice d'angoisse et de contamination. L'expertise psychologique souligne un fort syndrome de stress post-traumatique chez Gisèle Pelicot, qui a également dû être traitée pour quatre infections sexuellement transmissibles contractées suite aux violences.

Les magistrats devront aussi chiffrer le préjudice moral des proches, afin de reconnaître la souffrance des enfants et petits-enfants dont l'intimité a été violée par les captations vidéo de l'accusé principal. Le cas de Jean-Pierre Maréchal reste à part, puisqu'il est exclu de cette procédure spécifique à Gisèle Pelicot en raison de sa propre condamnation pour des faits similaires sur son épouse.

Comment garantir le versement des fonds aux victimes

Face à l'insolvabilité manifeste de la plupart des condamnés, la solidarité nationale prend le relais pour assurer le paiement. La Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) a été officiellement saisie de ce dossier. Ce mécanisme autorise une prise en charge totale des dommages corporels, indépendamment de la situation financière des agresseurs.

C'est le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) qui débloquera les sommes allouées. Le Code de procédure pénale, en son article 706-3, garantit en effet que la "réparation intégrale" constitue un droit pour les victimes de viols.

Cette étape revêt une portée symbolique immense, marquant la reconnaissance par l'État de son échec à protéger l'intégrité de la victime pendant une décennie. Elle vient couronner le combat de la septuagénaire pour que "la honte change de camp", comme le martelait son avocat Maître Stéphane Babonneau.

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