Affaire Grégory : soupçonnée d’être le « corbeau », la grand-tante demande l’annulation de sa mise en examen
Ce mercredi 15 avril 2026, Jacqueline Jacob, âgée de 81 ans, a déposé deux requêtes devant la cour d’appel de Dijon. Ses conseils sollicitent l'arrêt immédiat des poursuites la concernant. Les avocats demandent à la justice de constater officiellement « la prescription de l'action publique ».
Cette nouvelle offensive juridique répond à la décision des magistrats survenue en octobre dernier. La suspecte avait alors été mise en examen pour association de malfaiteurs. Les juges d'instruction soupçonnent fermement la grand-tante de l'enfant d'avoir rédigé plusieurs lettres de menaces, incluant la missive glaçante revendiquant l'assassinat. La qualification retenue permet aux enquêteurs de lier les différents acteurs sans avoir à prouver l'acte de meurtre lui-même.
Le rôle trouble de la grand-tante dans le viseur des juges
L'instruction a récemment connu une accélération grâce à des techniques modernes. Les dernières expertises en stylométrie, étudiant la syntaxe et le vocabulaire, suggèrent la participation active de cinq corbeaux distincts au fil des années. Dans ce groupe pluriel, Jacqueline Jacob occuperait une place centrale. Elle est suspectée d'avoir écrit le courrier anonyme revendiquant la mort de l'enfant, un crime perpétré le 16 octobre 1984.
Cette hypothèse accusatoire subit les foudres de la défense. Maître Stéphane Giuranna dénonce ouvertement la faiblesse matérielle du dossier d'accusation. Pour ce pénaliste, cette mise en examen « ne pèse pas bien lourd » et « ne vaut pas tripette », comme il l'a affirmé lors d'un entretien accordé à CNews.
L'équipe assurant la défense de l'octogénaire exploite par ailleurs le lourd passif procédural du dossier. En mai 2018, la chambre de l'instruction avait déjà annulé une première mise en examen de l'épouse Jacob, initialement poursuivie pour enlèvement et séquestration suivie de mort. La décision sanctionnait un vice de forme. Face à cette histoire qui se répète, Maître Alexandre Bouthier estime sévèrement que « la justice n'apprend pas de ses erreurs », déclare-t-il.
Les conséquences d'une éventuelle extinction des poursuites
Si les magistrats dijonnais valident les requêtes déposées, l'action publique s'éteindra définitivement pour Jacqueline Jacob. Dans cette affaire interminable où le corps du petit Grégory a été découvert il y a 41 ans, le cœur du conflit juridique réside dans l'analyse de la prescription. Le code pénal impose des actes d'enquête réguliers pour maintenir un dossier ouvert. Les avocats affirment que ce délai légal est largement dépassé.
Pour Jean-Marie et Christine Villemin, les parents de la jeune victime, cette interminable guérilla juridique freine la manifestation de la vérité. L'annulation des charges visant l'un des maillons essentiels de l'affaire menacerait l'ensemble de l'échafaudage construit par les juges ces dernières années. Un tel revers éloignerait encore davantage la perspective d'un grand procès d'assises, pourtant espéré par les parties civiles.
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