Pourquoi l'étiquetage scientifique est une fausse bonne idée pour le consommateur

Publié par Stéphane Leduc
le 02/07/2026
Etal de poissonnerie en France
Istock
Face aux étals, le latin s'impose pour nommer les poissons en vertu de règles européennes, une mesure censée limiter les fraudes mais qui transforme l'achat en véritable casse-tête.

Depuis quelques années, l'affichage des produits de la mer s'est considérablement densifié dans nos supermarchés et poissonneries. Sous l'impulsion des autorités, les professionnels fournissent une transparence totale sur l'origine et la nature exacte des espèces vendues, modifiant fortement nos habitudes d'achat quotidiennes. L'étiquetage des produits marins répond à des normes strictes visant à protéger l'acheteur. Toutefois, cette accumulation d'inscriptions transforme parfois une simple course en un exercice de traduction difficile.

L'obligation réglementaire du latin sur les étals

L'apparition du latin à la poissonnerie résulte d'un cadre légal strict et ancien. En application de l'arrêté du 26 juin 1996 et surtout de l'article 35 du règlement (UE) n° 1379/2013 du Parlement européen, l'affichage du nom scientifique de l'espèce devient incontournable. Vous trouvez ainsi la mention Gadus morhua pour désigner le cabillaud. Selon une note d'information de 2026, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) stipule que "la dénomination commerciale doit être accompagnée du nom scientifique de l’espèce, conformément à la liste établie par le ministre chargé de l’économie".

Cette nomenclature fait l'objet de mises à jour régulières pour coller à la réalité du marché. Actualisée au premier semestre 2026, la liste de la DGCCRF recense désormais plus de 1 000 dénominations admises en France pour garantir la traçabilité des produits de la mer. Les autorités souhaitent harmoniser le marché unique européen et empêcher les substitutions frauduleuses d'espèces moins onéreuses. C'est le cas du panga, parfois vendu pour de la sole. L'étiquetage scientifique agit ici comme un rempart contre une confusion de prix majeure, différenciant par exemple Pecten maximus (la véritable noix de Saint-Jacques) des simples pétoncles.

Une surcharge d'information qui nuit au client

Cette abondance de détails techniques crée une véritable opacité pour les non-initiés. Le dernier rapport de l'association de consommateurs CLCV, publié en mai 2026, dénonce une "surcharge cognitive". La multiplication des mentions obligatoires, intégrant le nom latin, la zone de capture FAO ou les engins de pêche, détourne le client de la qualité réelle du produit.

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Les noms commerciaux ajoutent à l'ambiguïté ambiante. Pour une même espèce scientifique, plusieurs appellations tolérées cohabitent selon les régions françaises, brouillant sémantiquement les pistes malgré l'utilisation de la terminologie latine. Cet affichage complexe sert davantage d'outil de contrôle pour les inspecteurs de la répression des fraudes que de conseil pour les particuliers.

Une étude de l'IFREMER datant de 2025 révèle que ces données restent inintelligibles pour 85 % des acheteurs en grande distribution. Le constat est sans appel : selon le rapport de la CLCV, "moins de 15 % des consommateurs sont capables d'identifier une espèce de poisson courante par son nom latin".

Les solutions pour bien choisir son poisson

Pour ne plus se perdre face aux étals, quelques réflexes simples existent. Ne vous focalisez pas sur la dénomination en latin, mais vérifiez la zone de pêche, en privilégiant l'Atlantique Nord-Est par rapport aux zones lointaines. Scrutez également le mode de production pour distinguer la pêche sauvage de l'élevage.

L'alternative des labels offre un repère fiable pour le grand public. Privilégiez les logos simplifiés comme Pavillon France ou le label MSC. Ces certifications garantissent l'espèce et l'origine avec précision, sans exiger d'ouvrir un dictionnaire de biologie marine en plein supermarché.

Enfin, le rôle du poissonnier demeure essentiel. Le professionnel traduit ces indications administratives en critères de goût et de cuisson adaptés à vos besoins. Le terme scientifique ne renseigne jamais sur la fraîcheur immédiate ou la texture de la chair, des éléments pourtant déterminants pour réussir votre recette.

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