Emmanuel Macron et son gouvernement luttent sans relâche contre l'épidémie de coronavirus. Depuis le début de la crise, les incohérences se multiplient... Mais peuvent s'expliquer, argue Florence Legros, économiste et directrice de l'ICN Business School. Elle livre son analyse à Planet.
Coronavirus : faute de choix, "il nous faut naviguer en eaux troubles"AFP

Planet : "Vêtements républicains", soutien au chômage partiel, dépense publique... Peut-on dire de l'exécutif qu'il a su identifier les priorités concernant la lutte contre le coronavirus Covid-19 ?

Florence Legros : A chacun son métier ! le ministre de l'éducation nationale a des sujets qui ne relèvent pas de l'économie.

Si le soutien au chômage partiel a pu être critiqué pour avoir provoqué des comportements "opportunistes" chez certaines entreprises, il a été utile à la plupart d'entre elles pour protéger leurs salariés les plus fragiles (ie ceux qui ne pouvaient télétravailler). Soutien temporaire certes mais soutien. Le plan de relance entend soutenir l'emploi des jeunes mais les seniors et l'ensemble des non qualifiés sont aussi en difficulté et on peut effectivement se poser la question de la priorisation.

Le creusement du déficit public était inéluctable dans ces circonstances. Là encore, on a pu voir certaines critiques liées aux PGE (prêts garantis par l'état) et les difficultés rencontrées par les entreprises. Il faut bien voir que les entreprises doivent revenir à l'investissement afin d'accompagner la relance. L'idée avancée de transformer les PGE en quasi fonds propres relève de cette logique.

De la même manière, l'investissement des entreprises sera nécessaire pour éviter que la contraction de l'offre ne soit trop importante et entraîne des pressions inflationnistes.On peut alors déplorer la faiblesse du montant accordé à la baisse des impôts de production.

La somme de 10 milliards d'euros est faible par rapport à notre principal partenaire, l'Allemagne qui a un volume de 60 milliards de moins en impôt de production. Accélérer la reprise ne peut que passer par un regain de compétitivité et il semble qu'on soit loin du compte. 

"Le ministre de l'Education nationale est dans son rôle" – Florence Legros

Un sujet quelquefois évoqué est celui de la reprise de la production ou plus largement de l'affectation des quelques 80 milliards d'euros mis de côté par les français durant le confinement. L'épargne des français traditionnellement haute n'a pas réellement besoin de ces liquidités. Il conviendrait là aussi d'accompagner la consommation par une mesure telle que la baisse de TVA adoptée temporairement par nos voisins d'outre Rhin. C'est aussi le moment pour prendre de réelles mesures pour que cette épargne soit dirigée vers les entreprises via des achats d'action. Éternel problème que de diriger une part de cette épargne vers des vecteurs d'épargne longue tels que l'épargne retraite ou l'épargne salariale.

Pour en revenir aux "vêtements républicains" appelés de ses vœux par le ministre de l'éducation nationale, il faut probablement revenir à ses déclarations antérieures sur la nécessité de voir des jeunes filles habillées "normalement" pour venir en cours. Le ministre défendait là la position de certains proviseurs ou principaux qui indiquaient cette nécessité dans le règlement intérieur de leur établissement. Là est bien son travail que de soutenir ses cadres.

On peut néanmoins déplorer qu'on n'ait pas saisi l'opportunité d'analyser le phénomène sous-jacent qui est le manque d'éducation à la sexualité de jeunes et ce, dès l'enfance. Le propos, ne visant que les filles, est aussi apparu comme maladroit. Il s'est donc repris en parlant de codes vestimentaires pour les garçons comme pour les filles. Le terme de vêtements disons républicains (c'est son expression) a pu aussi être interprété. Il est plus que probable qu'il n'ait voulu que rappeler qu'il y avait des codes vestimentaires à l'image de ce qui est pratiqué en entreprise ou dans d'autres lieux.

Emmanuel Macron et Jean Castex ont changé de ton : il s'agit moins de faire la guerre au coronavirus que d'apprendre à vivre avec. S'agit-il, selon vous, d'une façon de faire pertinente ? Que traduit-elle des nouvelles priorités de l'exécutif ?

C'est un avis personnel mais il me semble que la crise du coronavirus, mondiale, a été une première au sens ou pour la première fois, la priorité a été donnée à la santé plutôt qu'à l'économie. On a d'ailleurs vu des pays – outre Atlantique – ne pas prioriser de cette manière avec les résultats que l'on sait.

Du coup, les difficultés économiques sont importantes : il suffit de citer la baisse du PIB de 14 % connue par la France au second trimestre (20 au Royaume Uni par exemple).

Priorité à la santé et équilibre fragile

C'est une banalité mais il nous faut naviguer en eaux troubles, le pays ne peut affronter une seconde crise de cette nature, au niveau sanitaire même si on est, semble-t-il plus prêts, et au niveau économique. Vivre avec le virus signifie ne pas reconfiner mais apprendre à vivre avec donc en limitant les risques d'une seconde vague de malades.

"Il nous faut naviguer en eaux troubles" – Florence Legros

L'équilibre est fragile comme le montrent les données de cet automne. Le discours politique a donc dû changer. Ce qui donne quelquefois des injonctions contradictoires : un cas contact à risque est défini par l'éducation nationale par une personne fréquentée de près sans protection. D'où les allègements de protocoles scolaires. Mais parallèlement, les clusters se sont multipliés dans l'enseignement supérieur et des mises à l'écart de promotions entières pourtant masquées se multiplient.

Faut-il, selon vous, corriger le tir ? Quelles sont les grandes réussites de l'exécutif depuis le début de l'épidémie ?

La réponse est dans les questions précédentes.

Je ne suis pas épidémiologiste mais économiste. Je dirais que la reprise française sera d'autant plus fragilisée que les problèmes de productivité et de concurrence, qui sont des problèmes structurels, ne seront pas réglés.

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