Depuis les attentats, le parti frontiste peine à parler d'une seule et même voix alors que l'occasion de prendre de la hauteur se présentait. Décryptage.

Si les attentats ont permis à certaines personnalités politiques de prendre de la hauteur, ce n’est pas du tout le cas pour le Front national. Au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, Marine Le Pen brisait l’unité nationale au profit de la récupération politique en proposant un référendum sur la peine de mort.

Une instrumentalisation par ailleurs plus discrète que celle orchestrée par son père qui avait déclaré vendredi 9 janvier (jour de la prise d’otage à l’Hyper Cacher) se sentir "Charlie Martel" appelant aussi sur Twitter à voter pour la présidente du FN. Une communication dévastatrice traduisant les divisions du FN à l’égard des attentats qui ont endeuillé la France.

Jean-Marie Le Pen et la théorie du complot

Plus les jours passent, et plus Jean-Marie Le Pen semble se muer en un "boulet" de plus en plus lourd pour sa fille. Dans un entretien accordé au quotidien russe Komsomolskaya Pravda, le président d’honneur du FN a donné dans la version conspirationniste pour expliquer les attentats terroristes. En roue libre, le fondateur du parti d’extrême droite s’est même permis de faire un lien avec les thèses complotistes liées au 11 septembre, s’interrogeant sur la présence de la carte d’identité de Said Kouachi dans la voiture abandonnée.

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Obligée de désamorcer cette polémique, Marine Le Pen a donc expliqué sur France Inter qu’elle se désolidarisait de "ces théories conspirationnistes fumeuses". En outre, la présidente du FN assure qu’elle les "les trouve dangereuses parce que tout ce qui éloigne les Français de la lucidité nécessaire sur les causes de ce qu’il s’est passé les éloigne du constat". Mais hélas, ce n’est pas le seul terrain qu’elle a eu à déminer après les attentats.

Islam et Aymeric Chauprade

"La France est en guerre avec des musulmans". Voilà le genre de saillies aux relents islamophobes que Marine Le Pen ne peut pas (ou ne peut plus) se permettre dans son processus de dédiabolisation. C’est donc pour cette raison qu’elle a pris ses distances avec les propos tenus dans une vidéo par Aymeric Chauprade, eurodéputé frontiste en charge des questions internationales, en réaction aux attentats commis en France par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

Toujours sur les ondes de France Inter, Marine Le Pen a lancé : "Aymeric Chauprade a fait là une vidéo qui est une prise de position personnelle donc je lui laisse la responsabilité de ses propos". Sous forme d’avertissement, elle a ajouté : "quand on fait de la politique, précisément, il faut éviter ce choc des civilisations". En outre elle a précisé qu’elle trouvait ce concept "terrible". Dès la sortie de la vidéo, elle avait demandé aux cadres du FN de pas la relayer en avançant un prétexte d’ordre juridique.

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Cette division d’ordre idéologique entre Marine Le Pen et certains de ses lieutenants n’est pas sans en rappeler une autre, tout aussi polémique, qui agite le parti. Celle sur la théorie dite du "grand remplacement" par ailleurs partagée par Aymeric Chauprade et rejetée par Marine Le Pen. On retrouve là le même paradoxe qui vient perturber le discours de dédiabolisation de la présidente du FN sans lequel elle ne pourra rassembler au-delà de l’électoral "classique" du FN. Un jeu dangereux qui pourra valoir à Marine Le Pen un désaveu de la part de l'électorat historique du FN ou encore un rejet de la part de ses nouveaux soutiens, peu enclins à assumer les thèses conspirationnistes ou alarmantes sur l'islam ou d'autres sujets.

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