Dans une interview au Journal Du Dimanche le 2 novembre, Marine Le Pen a exprimé ses distances avec la théorie du "grand remplacement" qui connaît un grand succès dans les milieux d'extrême droite y compris chez des leaders frontistes.
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Théorie estimant que le peuple de France serait en cours de "remplacement" par d’autres peuples issus de l’immigration, celle-ci a été formulée par l’essayiste d’extrême droite Renaud Camus. Partagée entre autres par Eric Zemmour, cette doctrine a fait son chemin au Front National et de nombreux cadres frontistes expriment publiquement leur adhésion à cette thèse qualifiée de "fantasme" par Le Monde.

Parmi ceux-ci, Jean-Marie Le Pen, Aymeric Chauprade (conseiller diplomatique de Marine Le Pen) ou encore Philippe Martel, chef de cabinet de la présidente du Front National. Or, cette dernière ne partage pas ce concept opposant de fait la notion abstraite de Français "de souche" à Français tout court. S’agirait-il là d’une nouvelle fracture idéologique issue de la dédiabolisation du FN ? Décryptage.

La "vision complotiste" dénoncée par Marine Le Pen

Interrogée par le Journal Du Dimanche sur cette théorie, la présidente du Front National a expliqué que cette réflexion "suppose un plan établi" et qu’elle se désolidarisait de "cette vision complotiste". Pour elle, l’immigration "est utilisée depuis trente ans par les grands milieux financiers pour peser à la baisse sur les salaires". Comme l’ont relevé nos confrères du Scan du Figaro, Marine Le Pen avait déjà pris ses distances avec ce concept mais pas de manière claire. Invitée à se positionner sur cette théorie sur France Inter, elle avait plutôt botté en touche en pointant le "multiculturalisme" qui provoque "la confrontation des cultures" ou encore la nécessité de se prémunir contre l’"islam politique".

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Son plus fidèle lieutenant, Florian Philippot, ne paraît pas plus acquis à cette thèse. Artisan de la dédiabolisation du FN, le vice-président du parti expliqué au JDD que cette expression "n’est pas un terme officiel du Front national" dans la mesure où le parti ne partage pas selon lui cette "conception racialiste" suggérée par le "grand remplacement". Une défiance envers le concept de Renaud Camus qui est très loin de faire l’unanimité au sein du FN.  

De Jean-Marie Le Pen à Aymeric Chauprade

Les cadres frontistes qui adhèrent à ce que Rue89 qualifie d’"idée raciste" sont nombreux. En mai 2014, le président d’honneur du Front National évoquait "un véritable remplacement des populations" au cours d’un discours à Marseille. Mais Jean-Marie Le Pen n’est pas le seul à partager l’analyse de Renaud Camus (condamné en avril dernier pour incitation à la haine contre les musulmans).

Le chef de cabinet Marine Le Pen, Philippe Martel considère que "ce n’est pas une théorie", mais un "phénomène démographique". En outre, Le Scan souligne que Julien Rochedy, l’ancien président du FNJ, utilise l’expression dans des communiqués estampillés Front National. De surcroît Aymeric Chauprade, conseiller diplomatique de Marine Le Pen, estime que "l e grand remplacement" est une "évidence qu’aucun déni de réalité ne saurait masquer".

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La théorie de Renaud Camus diviserait-elle le Front National tout comme la lecture de Vichy faite par Eric Zemmour ? La question se pose. En effet, alors que le nombre d’adhésions au parti progresse, la stratégie de dédiabolisation entreprise par l’Etat-Major mariniste semble porter ses fruits. Or, le concept du "grand remplacement" a d’abord eu du succès chez les groupuscules identitaires d’extrême droite.

Des formations radicales dont Marine Le Pen entend justement prendre ses distances pour des donner des airs de fréquentabilité à son parti (qui pourrait d’ailleurs changer de nom). Une bataille qui paraît encore loin d’être gagnée au regard de la porosité entre les idées identitaires et celles du Front National. Après tout, Robert Ménard (soutenu par le FN) n’a-t-il pas confié à Renaud Camus la rédaction d’un livre sur l’histoire de Béziers ?

 

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