Dans le monde anglo-saxon, on appelle ça le « trigger warning » : par le biais d'une étiquette ou d'un avant-propos, on alerte les lecteurs du caractère potentiellement offensant d'un livre… généralement ancien. A l'Université de Cambridge, le fabuleux « To Kill a Mockingbird » (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur) de la romancière Harper Lee fait désormais partie de la liste des livres sulfureux.

C’est une façade de briques rouge dans le plus pur style gothic revival, un bâtiment comme la ville de Cambridge en compte des centaines. Sur les pelouses d’un vert parfait qui lui font face, un petit air d’éternité flotte dans l’atmosphère : depuis les élégantes toitures de la Homerton College Library, deux siècles et demi d’amour du livre nous contemplent. Deux cent cinquante années de préservation, d’éducation et de partage du bien commun.À LIRE AUSSI : Ces étudiants fragiles qu'on cajole à coups de "trigger warning"Et patatras, voici qu’en quelques semaines d’agitation inquiète, cette belle maison du savoir s’est soudain transformée… en maison des étiquettes ! La faute à cette peur de heurter qui semble se propager à toute allure aux États-Unis et au Canada, mais aussi au Royaume-Uni. « Nos rayonnages regorgent d’ouvrages potentiellement choquants, à ne surtout pas mettre entre toutes les mains, et en tout cas pas avant de sérieuses mises en garde ! » Tel est, en caricaturant à peine, la position d’un nombre grandissant de responsables de bibliothèques outre-manche. Dans leurs bureaux sans lumières, les visages des administratifs sont crispés : et si on nous accusait de ne pas...

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