Sophia Chikirou : ouverture du procès de la députée LFI pour tentative d'escroquerie
Huit ans après les faits, ce dossier financier complexe rattrape la parlementaire. L'élue parisienne se retrouve sous le feu des projecteurs judiciaires pour des agissements datant de la période trouble entourant son départ de la structure de presse qu'elle avait cocréée.
L'ouverture du procès place Sophia Chikirou face à l'accusation
La comparution de l'élue ce 12 mai 2026 marque une étape judiciaire majeure. Les magistrats examinent des faits formellement qualifiés d'escroquerie et de vol sans effraction. La justice soupçonne la parlementaire d'avoir manœuvré pour détourner la somme de 67 146 euros durant l'été 2018. Cette manœuvre présumée visait la Société de production Le Média (SDPLM), une entité qu'elle venait tout juste de quitter.
Face à ces accusations, la prévenue adopte une posture offensive. Dans une déclaration officielle transmise à l'agence de presse AFP, l'ancienne dirigeante dénonce fermement "huit années de harcèlement judiciaire et médiatique." Elle rejette toute infraction et affirme avec force qu'il n'existe dans ce dossier "ni victime, ni préjudice, ni réalité frauduleuse établie." Selon elle, l'audience permettra de démontrer sereinement l'absence totale de délit bancaire.
Une rupture estivale conflictuelle scrutée par la brigade financière
Le litige trouve ses racines dans le départ fracassant de Sophia Chikirou du média indépendant. Démissionnée le 4 juillet 2018 de l'entreprise de presse, elle perd ses fonctions dirigeantes à la tête de la société de production le 24 juillet. Cependant, selon un rapport exhaustif de la brigade financière daté du 15 septembre 2023, la députée aurait tenté le 27 juillet 2018 d'ordonner un virement de 67 146,58 euros. Cette opération, destinée à rémunérer sa société personnelle Mediascop, impliquait de se présenter indûment comme dirigeante active auprès du Crédit du Nord.
Ce transfert de fonds a échoué en raison d'un manque de provision et de l'opposition immédiate formulée par la nouvelle direction du média. Le dossier comprend également des accusations portant sur la soustraction de deux chèques directement au siège de l'entreprise.
La tenue de ce procès en 2026 interroge, puisqu'un accord financier a été paraphé en juin 2021, entraînant le retrait des plaintes initiales. Toutefois, le Parquet de Paris rappelle une règle de droit stricte : l'action publique ne s'éteint pas par une transaction privée en matière d'escroquerie. Le procureur s'appuie sur l'article 121-5 du Code pénal, estimant que le délit est constitué dès lors qu'il se manifeste par un "commencement d'exécution" ayant manqué son effet par des circonstances indépendantes de la volonté de l'auteur.
Des conséquences pénales et politiques menacent la députée de Paris
Les sanctions envisagées par la juridiction correctionnelle s'avèrent très lourdes. Conformément à l'article 313-1 du Code pénal, l'escroquerie expose son auteur à une peine maximale de cinq ans d'emprisonnement, assortie d'une amende pouvant atteindre 375 000 euros. La tentative d'escroquerie, encadrée par l'article 313-3, entraîne les mêmes peines devant les tribunaux.
Outre l'amende et la prison, le véritable péril réside dans la sanction complémentaire. Le tribunal dispose de la faculté de prononcer une peine d'inéligibilité. Une telle décision fragiliserait instantanément son mandat actuel à l'Assemblée nationale et compromettrait ses ambitions affichées pour les prochaines échéances électorales parisiennes.
Cette menace intervient dans un contexte de pression judiciaire accumulée pour l'élue. Ce procès parisien reste en effet totalement distinct d'un autre dossier retentissant, dans lequel Sophia Chikirou demeure mise en examen pour escroquerie aggravée en lien avec le financement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2017.
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