Ouverture du procès Athanor : francs-maçons et ex-DGSE au cœur d'une affaire criminelle
Pendant trois mois, la justice française va examiner un dossier digne d'un roman d'espionnage. Cette affaire met en lumière les dérives de certains réseaux secrets et ébranle directement les institutions de l'État.
L'ouverture d'un procès fleuve aux assises de Paris
Ce lundi 30 mars 2026, 22 hommes et femmes prennent place dans le box des accusés. Selon Le Figaro, cette audience exceptionnelle se tiendra jusqu'au 17 juillet. L'affaire éclate le 24 juillet 2020 à Créteil, rapporte l'AFP. Ce jour-là, la police arrête deux militaires de la DGSE. Armés et cachés dans une voiture, ils s'apprêtaient à éliminer Marie-Hélène Dini, une coach en entreprise.
La victime déclarera plus tard à l'AFP : "J’ai eu beaucoup de chances, ça a permis d’arrêter un certain nombre d’actions, mais qui ont eu de lourdes conséquences sur ma vie." Le dossier englobe une typologie criminelle variée, avec au moins trois tentatives d'assassinat identifiées. Les accusés devront répondre du meurtre avéré du pilote Laurent Pasquali, survenu en 2018, ainsi que de projets d'agression visant un syndicaliste et un élu local.
Une loge maçonnique transformée en officine de barbouzes
L'enquête démontre que la loge Athanor, rattachée à la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (GLAMF), a servi de principal centre de recrutement. L'ordonnance de mise en accusation, datée de juillet 2024 et citée par l'AFP, décrit une "véritable officine de services à la carte", fonctionnant comme une PME du crime. Au centre de ce réseau tentaculaire, un duo de commandants tire les ficelles. Daniel B., ancien policier des renseignements, et Frédéric V., chef d'entreprise, sont soupçonnés d'avoir orchestré ces contrats.
Des commanditaires privés les sollicitaient pour éliminer des rivaux professionnels ou des gêneurs. Pour accomplir ces actes illégaux, le réseau a manipulé des agents de l'État. Ces derniers ont détourné des fichiers de police, tels que le TAJ ou le FPR, et mobilisé des moyens logistiques militaires. Certains agents accusés affirment avoir agi en pensant exécuter de vraies missions secrètes pour la sécurité de l'État.
Un traumatisme pour le renseignement et la franc-maçonnerie
Le procès expose la porosité inquiétante entre le service public de la sécurité et le marché très lucratif de la violence privée. Cette remise en question ébranle les services de renseignement français, notamment la DGSE et la DGSI. Les débats judiciaires intègrent le renforcement des mesures de contrôle interne au sein de ces institutions régaliennes. L'impact frappe également la franc-maçonnerie de plein fouet.
Dès février 2021, à la suite des premières révélations publiées par Le Figaro, la GLAMF a prononcé la dissolution immédiate de la loge incriminée. Le milieu tente de laver cet affront en musclant ses procédures d'admission. Pour les citoyens, ce scandale souligne la vulnérabilité de la protection des données personnelles. La surveillance attentive de ces réseaux d'influence s'impose lorsqu'ils s'affranchissent du cadre légal pour devenir une menace directe.
Les nombreuses questions sous-jacentes du dossier
Le tribunal abordera de nombreuses interrogations laissées en suspens par les enquêteurs. Les magistrats chercheront à comprendre comment des agents d'élite ont pu subir une manipulation poussée pour exécuter des contrats privés. La cour scrutera les failles institutionnelles et hiérarchiques qui ont permis à cette cellule de prospérer pendant plusieurs années. Les victimes gardent l'espoir d'obtenir une réparation totale face à ces structures opaques. Enfin, la franc-maçonnerie devra prouver sa capacité à empêcher l'émergence de telles dérives criminelles au sein de ses propres loges.
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