Procès du financement libyen : la rupture brutale entre Nicolas Sarkozy et Claude Guéant
Jugés en appel pour les soupçons de corruption liés à la campagne présidentielle de 2007, les anciens hommes forts de la droite étalent leurs fractures au grand jour. Les récentes déclarations de Nicolas Sarkozy ont poussé son ex-bras droit à une réplique cinglante, dynamitant des décennies de loyauté absolue devant les magistrats.
L'événement : le "coup de poing dans l'estomac" de Claude Guéant
La riposte a retenti le 15 avril 2026 dans l'enceinte du tribunal. Retenu loin de l'audience pour des raisons de santé, l'ancien ministre de l'Intérieur a fait entendre sa voix par le truchement de son avocat, maître Philippe Bouchez El Ghozi, rapporte l'AFP. Le pénaliste a procédé à la lecture d'une attestation de trois pages rédigée par son client, réfutant méticuleusement chaque allégation formulée par l'ancien président.
Selon son conseil, Claude Guéant se déclare "outré et scandalisé" par la posture de Nicolas Sarkozy. Il perçoit cette remise en cause publique de sa probité comme un véritable "coup de poing dans l'estomac." L'ancien secrétaire général de l'Élysée vit les propos de celui qu'il a toujours soutenu comme une trahison intolérable, actant publiquement la fin définitive de leur alliance de toujours.
Le décryptage : Une stratégie de défense jugée "suicidaire"
Cette fracture spectaculaire résulte d'un changement de cap opéré par Nicolas Sarkozy. Interrogé à la barre le 7 avril 2026, l'ancien locataire de l'Élysée a qualifié d'"erreur" et de "faute" les déplacements effectués à Tripoli en 2005 par ses proches collaborateurs (Claude Guéant, donc, et Brice Hortefeux), soutenant que ces rencontres se déroulaient à son insu, comme nous vous le précisions. Cette ligne de défense vise principalement à esquiver l'accusation d'association de malfaiteurs. Ce chef d'inculpation lui a valu une lourde peine de cinq ans de prison ferme en première instance le 25 septembre 2025.
Face à cette manœuvre de désolidarisation, la défense de l'ancien ministre rétorque avec force. Son avocat maintient que "tout ce qu'a fait Claude Guéant l'a toujours été dans le cadre de ses fonctions et sur instructions de Nicolas Sarkozy." Reprenant ironiquement une expression rendue célèbre par l'ex-président, maître Bouchez El Ghozi fustige cette attitude devant la cour : "Quelle indignité de venir aujourd'hui faire semblant de découvrir ces éléments."
La conséquence : vers un grand déballage ?
Ce revirement judiciaire ouvre grand la porte à des révélations retentissantes pour la suite des audiences. L'avocat de la défense prévient sans détour que "la mémoire revient parfois quand on est mis en cause", glissant la menace explicite de fournir des "compléments d'attestation" si son ancien patron s'obstine dans cette voie, souligne Libération.
Le camp adverse distille d'ores et déjà des détails accablants pour étayer ses dires. Il évoque notamment l'épisode sensible concernant Abdallah Sen noussi, l'ancien chef du renseignement libyen (et principal responsable, comme nous vous le rappelions, de l'attentat du vol UTA 772 qui fit 170 morts en 1989) . Sur ce dossier précis, l'ancien chef de l'État aurait lui-même intimé l'ordre d'intervenir en utilisant la formule : "Claude, voyez cela", rapporte Le Parisien.
L'effondrement de cette solidarité politique transforme une affaire financière en une véritable guerre d'usure personnelle. Également condamné à six ans de prison en première instance, l'ancien préfet démontre qu'il refuse de tomber seul. Ce face-à-face fratricide laisse planer le risque d'un déballage total de la part des anciens conseillers pour préserver leur propre liberté, menaçant directement l'issue du procès.
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