LFI qualifié de parti "anti-France" : pourquoi la sortie d'Aurore Bergé choque
L'interview donnée dimanche par la députée des Yvelines continue de faire des vagues. En réutilisant un vocabulaire historiquement chargé pour attaquer les Insoumis, la Ministre de l'Egalité entre les Femmes et les Hommes et de la Lutte contre les Discriminations a déclenché une polémique qui dépasse les clivages habituels et fissure le bloc central.
Une interview sous haute tension
L'offensive a été lancée ce dimanche 22 février 2026 lors du « Grand Rendez-vous » Europe 1/CNews/Les Échos. Interrogée sur la situation politique, Aurore Bergé n'a pas retenu ses coups.
« LFI c'est de l'antisémitisme, LFI c'est un parti anti-France et LFI c'est un parti qui appelle et revendique ou assume une part de violence », a martelé la parlementaire sur les ondes d'Europe 1.
Cette sortie intervient dans un climat particulièrement lourd, marqué par la mort récente de Quentin Deranque à Lyon, une affaire dramatique dans laquelle des proches du député insoumis Raphaël Arnault sont cités.
Dans cette optique de confrontation totale, la députée Renaissance est allée jusqu'à demander au Rassemblement National de se retirer au profit du camp présidentiel en cas de duel face à LFI aux prochaines municipales, redéfinissant ainsi les contours du barrage républicain.
Le poids des mots et de l'histoire
L'utilisation du terme « anti-France » ne relève pas du simple élément de langage. Comme le soulignent les historiens spécialistes de la droite nationaliste, cette expression possède une charge historique précise.
Elle a été théorisée par Charles Maurras, figure de proue de l'Action française, pour stigmatiser ce qu'il nommait les « quatre États confédérés » : juifs, francs-maçons, protestants et étrangers, accusés de miner la nation.
Ce vocabulaire a ensuite servi de pilier idéologique au régime de Vichy entre 1940 et 1944 pour désigner et persécuter les « ennemis de l'intérieur ». En reprenant cette terminologie pour qualifier un parti d'opposition parlementaire, Aurore Bergé choisit délibérément un registre lexical associé à la droite ultra-nationaliste. L'objectif politique semble être de « dérépublicaniser » totalement La France Insoumise, quitte à emprunter les armes sémantiques de ses adversaires historiques.
Un recadrage immédiat au perchoir
La réaction au sein de la majorité ne s'est pas fait attendre. Invitée sur France Inter, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a tenu à marquer sa différence. « C’est un terme que je récuse », a-t-elle déclaré, refusant de cautionner cette surenchère verbale au nom de la dignité du débat public.
Ce désaccord public illustre le malaise grandissant au sein du camp présidentiel. Si une aile droite soutient la ligne dure face à LFI, citant notamment le sentiment d'insécurité de 92% des Français juifs vis-à-vis de ce parti, d'autres redoutent un glissement dangereux. Pour le citoyen, cette séquence confirme une polarisation extrême de la vie politique.
La disparition de la nuance risque de paralyser un peu plus une Assemblée nationale déjà morcelée, rendant la recherche de compromis législatifs de plus en plus complexe.