Algérie : la France veut accorder 250 000 visas par an à ses ressortissants
Cette décision diplomatique inattendue intervient dans un contexte de recherche de normalisation des relations avec Alger. Les oppositions dénoncent une incohérence majeure, pointant du doigt les difficultés chroniques de la France à faire exécuter ses obligations de quitter le territoire français (OQTF) vers ce pays du Maghreb.
Une hausse des visas qui provoque la colère des oppositions
Stéphane Romatet, ambassadeur de France dans le pays, a confirmé au média média Tout sur l’Algérie (TSA) la volonté de l'exécutif d'atteindre le seuil de 250 000 titres annuels. Lors d'un récent entretien accordé à la presse diplomatique, le représentant de l'État a précisé ses intentions : "Avant la crise, nous (en) délivrions à peu près 250 000 par an. Ce chiffre a chuté, et notre objectif c’est de faire en sorte (…) que ce chiffre puisse redémarrer à la hausse et revenir probablement au niveau qui était celui antérieur à la crise." Il a également souligné le souhait de l'administration de "fluidifier les échanges" entre les deux nations, comme le rapporte l'ambassade de France.
Cette déclaration a immédiatement déclenché une levée de boucliers au sein du Rassemblement National. Jordan Bardella a fustigé une "capitulation du macronisme face au régime algérien (…) malgré les provocations et la détention d’un journaliste français (Christophe Gleizes, NDLR)" face à un État qui refuse régulièrement de reprendre ses ressortissants visés par une mesure d'éloignement, selon des propos relayés par Le Parisien.
Du côté des Républicains, les ténors dénoncent vivement un double discours de la part du gouvernement. Selon RTL, plusieurs députés LR estiment que la droite subit une trahison, accusant l'exécutif de prôner la plus grande fermeté sur le territoire national tout en multipliant les concessions diplomatiques à l'étranger. Les élus d'opposition considèrent que cette annonce ruine les efforts de lisibilité de la politique migratoire française. Le leader de l'UDR Eric Ciotti a lui fustigé "une capitulation, une humiliation, une trahison."
Un bras de fer diplomatique au détriment de la fermeté migratoire
Les racines de cette crise remontent à 2021, lorsque Paris avait drastiquement réduit l'octroi de visas à l'égard des pays du Maghreb (plus celle de 2024, quad la France avait reconnu "la souveraineté" du Maroc sur le Sahara Occidental). Cette mesure de rétorsion visait à sanctionner le refus d'Alger de délivrer les laissez-passer consulaires. Ces documents administratifs demeurent indispensables pour expulser les étrangers en situation irrégulière, conformément à l'article L611-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Aujourd'hui, les impératifs bilatéraux liés aux approvisionnements en énergie, aux enjeux de mémoire et à la sécurité au Sahel poussent le gouvernement français à assouplir sa posture, note l'AFP.
Comme le rappelle Le Monde, les récentes visites ministérielles à Alger avaient pour but de consolider des accords de coopération, plaçant parfois la diplomatie française dans une position délicate. En 2023, les rapports annuels de la Direction Générale des Étrangers en France (DGEF) recensaient 205 853 visas accordés aux ressortissants algériens. L'objectif actuel représente donc une augmentation de près de 25 % des flux. Néanmoins, le taux de refus pour l'Algérie se maintenait entre 25 % et 30 % l'an dernier, un chiffre nettement supérieur à la moyenne mondiale selon les données des différents consulats.
Des interrogations persistantes sur l'efficacité des expulsions
Cette polémique fragilise considérablement les discussions parlementaires actuelles autour du contrôle de l'immigration et de l'exécution effective des mesures d'éloignement. Les observateurs politiques, cités par Le Monde, s'interrogent ouvertement sur les véritables contreparties obtenues par la diplomatie française. L'Algérie s'est-elle formellement engagée, en échange de cet assouplissement, à délivrer plus systématiquement les fameux laissez-passer consulaires pour ses ressortissants expulsables ?
Par ailleurs, un flou certain persiste sur la nature exacte de ces titres de séjour, partagés entre visas de court séjour pour le tourisme ou les affaires, et visas de long séjour dédiés au travail ou au regroupement familial. Enfin, cette décision gouvernementale soulève légitimement la question d'un potentiel effet domino. Les commentateurs de France Info se demandent si cette mesure pourrait prochainement s'étendre à d'autres pays du Maghreb, comme le Maroc ou la Tunisie, avec lesquels les relations consulaires ont également connu de très vives tensions ces dernières années.
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