21 septembre : le jour où Alfred Dreyfus recouvra la liberté… et où la France dansa sur un tube né du hasard

Alfred Dreyfus libéré de prison en pleine nuit
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Jour de la Saint-Matthieu, le 21 septembre est celui de la délivrance d'un innocent et de l'onde de choc d'un cataclysme industriel. De la sortie de geôle clandestine d’un capitaine réhabilité au triomphe d'un boxeur à New York, cette date a vu la France retenir son souffle, pleurer et s’enflammer. Mais sous les fracas des arènes sportives et des joutes verbales présidentielles, il révèle aussi le secret d'un refrain universel devenu mythique par la grâce d'une simple intuition rythmique.

21 septembre 1978 : Le secret derrière « The 21st night of September » d’Earth, Wind & Fire

Disque vinyle tournant sur une platine rétro sous une lumière dorée.
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« Do you remember the 21st night of September? » Dès les premières notes cuivrées, ce refrain irrésistible résonne chaque année aux quatre coins du globe lorsque pointe le 21 septembre. Mais que s'est-il réellement passé lors de cette fameuse nuit d'automne pour qu'Earth, Wind & Fire décide d'immortaliser la date dans l'un des hymnes funk les plus dansants de l'histoire ? Pendant des années, les fans et les musicologues ont traqué en vain un événement marquant, une rupture amoureuse ou une rencontre fondatrice. La co-autrice de la chanson, Allee Willis, a elle-même longtemps harcelé le leader emblématique du groupe, Maurice White, pour percer ce mystère et comprendre pourquoi cette nuit précise avait été choisie au calendrier.

La réponse de Maurice White fut aussi désarmante que pragmatique : absolument rien de particulier ne s’était produit. En studio d'enregistrement, les musiciens avaient simplement égrainé les ordinaux du calendrier américain — « 1st », « 2nd », « 3rd » — jusqu'à tester « 21st », dont les trois syllabes percutantes s'inséraient avec une perfection absolue sur la rythmique du morceau. « Ne laisse jamais les paroles gâcher le groove », rétorqua alors White à sa collaboratrice un brin déconcertée. Il fallut attendre bien des années plus tard pour que l'épouse du chanteur dévoile une part intime de cette alchimie : le 21 septembre était en réalité la date du terme prévu pour la venue au monde de leur fils Kahbran, logée inconsciemment au fond de l'esprit de l'artiste. Ultime pied de nez aux lois du marketing musical, ce tube planétaire célébrant le mois de septembre ne sortira dans les bacs qu'en plein mois de novembre 1978.

21 septembre 1899 : La délivrance nocturne du capitaine Alfred Dreyfus

C’est au cœur des ténèbres, à trois heures du matin, que s'entrouvrent enfin les portes de la prison militaire de Rennes. Brisé physiquement par cinq années d’un calvaire insoutenable sur l’île du Diable, amaigri et vieilli prématurément, le capitaine Alfred Dreyfus s'extirpe du cauchemar judiciaire qui fracture la France depuis 1894. Douze jours plus tôt, à la stupéfaction générale, le conseil de guerre de Rennes avait pourtant récidivé dans l'iniquité : malgré l'accumulation de preuves flagrantes révélant la trahison d'Esterhazy et les faux du colonel Henry, les juges militaires l'avaient de nouveau déclaré coupable, tout en lui octroyant d'incompréhensibles « circonstances atténuantes » assorties de dix ans de détention.

Face à l'indignation planétaire et à la menace d'un embrasement civique mené par les intellectuels dreyfusards comme Émile Zola et Jean Jaurès, le sommet de l'État choisit de désamorcer la crise avant l'Exposition universelle de 1900. Le président de la République Émile Loubet signe ainsi le décret de grâce le 19 septembre, permettant cette sortie furtive au petit matin du 21 septembre pour déjouer les violences des ligues nationalistes et antisémites. Même si le capitaine refuse d'y voir un aveu de culpabilité et devra batailler jusqu'en 1906 pour obtenir son annulation de condamnation et sa pleine réhabilitation par la Cour de cassation, cette nuit-là met un point final à sa longue détention.

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Cette libération clandestine clôt le chapitre carcéral de la plus grande affaire d'État de la IIIe République, posant un jalon fondateur pour la défense des droits fondamentaux face à la raison d'État. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est sur un tout autre théâtre d'affrontement, à des milliers de kilomètres de là, qu'un champion français allait cette fois rassembler les foules dans une euphorie unanime.

21 septembre 1948 : Marcel Cerdan assomme l'Amérique et entre dans la légende

Marcel Cerdan victorieux sur le ring en 1948, les bras levés.
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Dans la moiteur du Roosevelt Stadium de Jersey City, vingt mille spectateurs hurlent autour d'un ring cerné par la fumée et les projecteurs. De l'autre côté de l'Atlantique, bravant le sommeil au cœur de la nuit, des millions de Français sont massés l'oreille collée aux postes de radio pour capter les crépitements fiévreux des ondes. Ce 21 septembre 1948, Marcel Cerdan défie le champion du monde incontesté des poids moyens, le pugnace Américain Tony Zale, surnommé le « Roi du KO ». L'enfant prodige de Sidi Bel Abbès, coqueluche populaire de l'après-guerre et amant passionné d'Édith Piaf, s'avance pourtant en outsider face à un boxeur d'acier réputé invincible.

Dès les premières secondes, le combat bascule dans une intensité dramatique exceptionnelle. Cerdan impose un pressing asphyxiant, sape son adversaire au corps et assène son crochet du gauche légendaire avec une virtuosité dévastatrice. Au fil des reprises, le visage tuméfié de Zale trahit l'usure face à la bravoure méthodique du « Bombardier marocain ». À la onzième reprise, une série de crochets foudroyants fait plier le champion en titre, sauvé in extremis par le gong. Incapable de se lever de son tabouret à l'appel de la douzième reprise, Zale abandonne : Marcel Cerdan devient le tout premier Français champion du monde des poids moyens.

Ce triomphe monumental offre à un pays encore convalescent de la guerre une communion de fierté nationale sans précédent, consacrant Cerdan au panthéon du sport tricolore avant que le destin ne le fauche tragiquement un an plus tard dans un accident d'avion. Mais la grandeur sportive française sait aussi s’écrire loin des foules en liesse, dans la solitude absolue d'un homme affrontant les fureurs de l'océan.

21 septembre 1980 : Gérard d’Aboville dompte l’Atlantique nord à la rame

Lorsque la coque effilée du Capitaine Cook coupe le méridien d'Ouessant et fait son entrée triomphale dans la rade de Brest en ce 21 septembre 1980, le concert des sirènes de brume accueille un revenant de l'extrême. À bord de son embarcation insubmersible de cinq mètres cinquante conçue en carbone, Gérard d’Aboville est épuisé, amaigri et les paumes déchiquetées par les cals, mais il vient d'accomplir l'impossible : franchir l'océan Atlantique nord à la seule force de ses bras, d'ouest en est, reliant Cap Cod aux côtes bretonnes.

Parti des États-Unis soixante-et-onze jours et vingt-trois heures plus tôt, le navigateur solitaire a bravé un enfer liquide sur plus de 5 200 kilomètres. Pris au piège de tempêtes dantesques, affrontant des creux vertigineux, il a chaviré plus de trente fois dans des eaux glaciales, demeurant parfois bloqué la tête en bas dans son minuscule habitacle étanche avant que le bateau ne se redresse miraculeusement par la force des ballasts. Sans voile ni moteur, son périple a exigé une discipline de fer de dix à douze heures de rame quotidienne, rythmée par la monotonie des rations déshydratées et une résistance psychologique hors du commun.

En devenant le premier homme à réussir un tel exploit dans ce sens de traversée, Gérard d’Aboville repousse les frontières de l'aventure maritime et s'impose en héros inspirant pour toute une génération de marins. Deux décennies plus tard, c'est une tout autre tempête, médiatique et lexicale, qui allait déferler sur les écrans de télévision français sous le verbe d'un président de la République.

21 septembre 2000 : Le coup d'éclat « abracadabrantesque » de Jacques Chirac

En direct depuis Angoulême sur les antennes de France 3, le président de la République Jacques Chirac fait face au regard incisif d'Élise Lucet dans une atmosphère de haute tension politique. La veille, le journal Le Monde a diffusé la confession posthume sur cassette vidéo de Jean-Claude Méry, figure centrale des caisses noires du RPR. Dans cet enregistrement testamentaire, l'ancien collecteur affirme avoir remis des millions de francs en liquide au cœur de l'Hôtel de Ville de Paris, sous les yeux mêmes de celui qui n'était alors que maire de la capitale. Acculé par ce scandale de financement occulte à l'approche de la présidentielle, le chef de l'État prépare sa riposte.

Fixant la caméra d'un air outragé et martial, Jacques Chirac balaie l'accusation d'une formule qui va électriser le pays : « Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque ! » Ce mot désuet, puisé dans les vers d'Arthur Rimbaud au sein du poème Le Cœur supplicié et soufflé en coulisses par son secrétaire général Dominique de Villepin, produit un effet de diversion immédiat. En une fraction de seconde, le président ringardise l'accusation, sidère les observateurs et détourne l'attention de l'opinion publique vers un débat passionné de linguistique et de rhétorique.

Cette manœuvre de haute voltige verbale s'installe instantanément dans les mémoires comme l'une des plus célèbres formules de la Ve République, illustrant l'art chiraquien de désamorcer les tempêtes politiques par le spectacle des mots. Pourtant, un an jour pour jour après ce coup de théâtre télévisuel, c'est un séisme tragique et bien réel qui allait frapper la France dans sa chair.

21 septembre 2001 : L'explosion de l'usine AZF foudroie Toulouse

Ruines industrielles colorées de l'usine AZF après l'explosion à Toulouse.
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Il est dix heures dix-sept lorsque la terre tremble sous la métropole toulousaine avec la violence d'un séisme de magnitude 3,4. Dans le hangar 221 de l'usine chimique AZF, filiale du groupe pétrolier Total située à quelques kilomètres à peine du centre urbain, un stock d'environ trois à quatre cents tonnes de nitrate d'ammonium déclassé détonne subitement. La déflagration monstrueuse pulvérise les structures métalliques, creuse un cratère de cinquante mètres de diamètre et projette une onde de choc qui souffle des toitures et des vitrages sur plusieurs kilomètres à la ronde, tandis qu'un nuage de fumée ocre s'élève vers le ciel.

Dix jours seulement après les attentats du World Trade Center à New York, l'angoisse d'une frappe terroriste saisit immédiatement la population avant que l'évidence d'une catastrophe industrielle majeure ne s'impose. Le bilan humain est effroyable : 31 personnes perdent la vie, plus de 2 500 blessés affluent vers des hôpitaux saturés et des milliers de Toulousains se retrouvent traumatisés, les yeux et la chair meurtris par les débris de verre. Des écoles aux entreprises voisines, le sud de la ville est transformé en paysage de désolation, plongeant le pays entier dans le recueillement.

Considérée comme le pire désastre industriel de l'histoire française de l'après-guerre, la catastrophe d'AZF ouvrira un marathon judiciaire tentaculaire de près de vingt ans pour établir la chaîne des responsabilités. Elle conduira surtout à l'adoption de la loi Bachelot de 2003 sur la prévention des risques technologiques, refondant pour toujours la cohabitation entre sites industriels à haut risque et bassins de vie urbains.

21 septembre : Saint Matthieu

Saint Matthieu, initialement nommé Lévi, était percepteur d'impôts (ou publicain) à Capharnaüm au service de l'occupant romain, une profession très mal perçue par ses contemporains. Sa vie bascule lorsque Jésus passe devant son bureau de péage et lui adresse cet appel direct : « Suis-moi ». Sans hésitation, l'homme se lève, quitte ses fonctions et devient l'un des douze apôtres.

Après la Résurrection, Matthieu rédige le premier des quatre Évangiles du Nouveau Testament. Écrit à l'origine pour les chrétiens d'origine juive, son texte met l'accent sur l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament par la venue de Jésus. Selon la tradition chrétienne, il part ensuite prêcher la foi chrétienne vers l'Orient, notamment en Éthiopie et en Perse, où il aurait subi le martyre. En raison de son ancien métier, Saint Matthieu est le patron des comptables, des banquiers, des douaniers et des professionnels de la finance.

Les saints du jour

En plus de l'apôtre Matthieu, l'Église célèbre le 21 septembre :

  • Saint Jonas, prophète de l'Ancien Testament envoyé pour convertir la ville de Ninive.
  • Sainte Maure de Troyes, jeune fille du IXe siècle réputée pour sa piété et ses œuvres de charité en Champagne.
  • Saint Castor d'Apt, évêque du Ve siècle qui fonda plusieurs monastères en Provence.
  • Saint Cadoc, ermite et abbé du VIe siècle, figure majeure de l'évangélisation du Pays de Galles.

Les célébrités portant ce prénom

  • Matthieu Chedid (alias -M-) : auteur-compositeur-interprète, musicien et chanteur français.
  • Mathieu Kassovitz : réalisateur, scénariste et acteur français, notamment connu pour le film La Haine.
  • Matthieu Ricard : moine bouddhiste tibétain français, essayiste, traducteur et photographe.
  • Mathieu Amalric : comédien et réalisateur français, lauréat de plusieurs César.
  • Mathieu Valbuena : joueur de football international français.
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