La petite histoire de la coquille typographique : quand un simple mot change tout
Une belle coquille nous a été signalé sur la page facebook de planet : dans cet article, la compagne de Jordan Bardella était devenue sa campagne... C'est corrigé depuis mais pour remercier nos lecteurs et nous faire pardonner, je vous livre ici une petite histoire de la co(q)uille...
Et on fait le point sur cette mésaventure qui frappe les rédacteurs depuis l'invention de l'imprimerie.
Avant l'ère des correcteurs orthographiques numériques, modifier un texte exigeait une précision manuelle absolue. Une inattention de quelques secondes pouvait ruiner des années de travail ou provoquer des incidents diplomatiques retentissants.
Le jour où la Bible a ordonné l’adultère
En 1631, les imprimeurs royaux Robert Barker et Martin Lucas commettent une erreur mémorable, surnommée le scandale de la "Wicked Bible". Ils oublient purement et simplement le mot "not" (ne pas) dans le septième commandement. Le texte distribué clame haut et fort : "Tu commettras l'adultère".
L'affaire remonte vite aux oreilles du roi Charles Ier. Le souverain ordonne le rappel immédiat des 1 000 exemplaires imprimés. La sanction tombe, exemplaire : le retrait de leur licence d'imprimeur et une amende record de 300 livres, soit environ 50 000 euros actuels.
Aujourd'hui, cet ouvrage constitue une véritable curiosité. Il ne reste qu'une dizaine d'exemplaires de cette Bible vicieuse. L'un d'eux a même été redécouvert en Nouvelle-Zélande au cours de l'année 2018.
Qu’est-ce qu’une "coquille" et d’où vient ce nom ?
Pour saisir l'origine du mot, plongeons dans la technique d'autrefois. À l’époque de la composition au plomb, le typographe piochait ses lettres dans une "casse", un tiroir contenant 152 cassetins. Une coquille survenait quand un caractère finissait dans la mauvaise case, plaçant par exemple un "u" dans l'espace réservé au "n".
La légende grivoise du Journal officiel offre une explication amusante. Lors d'une délibération parlementaire sur le calibrage des œufs, le "q" du mot coquille aurait malencontreusement disparu. L'oubli aurait transformé le texte en une injure publique dans les colonnes officielles.
D'autres pistes étymologiques plus sérieuses existent pour expliquer ce terme :
- Les pèlerins de Saint-Jacques : Les fameux "coquillards" désignaient de faux pèlerins usurpant ce symbole pour tromper la vigilance des honnêtes gens.
- Le blanc d'œuf : Les artisans l'utilisaient pour nettoyer les plaques d'imprimerie. Des morceaux de coquille pouvaient bloquer l'impression. On note la première apparition du terme en 1723 dans La Science pratique de l'imprimerie.
6 bourdes qui ont changé la donne
Suivez le guide à travers ces erreurs de transcription qui ont marqué leur époque :
- Le roi Louis XV "pendu" : Au XVIIIe siècle, un journal effraie la population en annonçant que le souverain s'est "pendu" dans la forêt de Fontainebleau. Il s'était simplement "perdu" en chassant.
- Le crash de Mariner 1 (1962) : L'omission d'un simple trait dans le code informatique de guidage entraîne la destruction de la fusée. Le coût s'élève à 18,5 millions de dollars.
- Le ministre "soul" : Le journal Le Gaulois provoque l'hilarité en écrivant que le ministre de Freycinet se rend à son bureau "soul comme d'habitude" au lieu de "seul".
- La Bible au "Vinaigre" (1717) : La parabole de la vigne ("Vineyard") devient accidentellement la parabole du vinaigre ("Vinegar").
- Jérôme Bonaparte et le "vieux" : Alors que sa santé s'améliore enfin, un quotidien informe que "Le vieux persiste", en lieu et place du mot "mieux".
- L'incident diplomatique de 2005 : Un document américain transforme la ville française de "Sedan", lieu d'un essai nucléaire, en "Sudan". Le gouvernement soudanais exige alors des explications.
Les questions sous-jacentes sur notre rapport à l'erreur
Ces mésaventures soulèvent des interrogations légitimes sur notre gestion des textes :
- Pourquoi le correcteur automatique ne suffit-il pas ? Les algorithmes peinent encore à saisir le sens profond d'une phrase.
- Quelle différence entre ces fautes ? La coquille est une mauvaise lettre, le bourdon est l'oubli d'un mot entier, et le doublon sa répétition inutile.
- Comment les professionnels traquent-ils ces erreurs ? Les secrétaires de rédaction lisent souvent les paragraphes à l'envers pour isoler la forme du fond.
- Existe-t-il des coquilles volontaires ? Absolument, l'histoire regorge de typographes farceurs ayant glissé des revendications cachées.
Même la loi numérique actuelle n'est pas à l'abri. En 2022, sur le site officiel Légifrance (article 6 de la LCEN), la suppression fortuite de l'adverbe "manifestement" a bien failli bouleverser la responsabilité des hébergeurs web.
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