Héritages : ce syndicat "modéré" veut les taxer "dès le premier euro"

Publié par Matthieu Chauvin
le 28/08/2026
Marylise Léon
abacapress
Lafargue Raphael/ABACA - Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT
La CFDT propose de supprimer l'abattement fiscal sur les héritages pour taxer l'ensemble des successions et donations dès le premier euro en vue de l'élection présidentielle de 2027.

L'organisation syndicale remet au centre des discussions la question sensible de la transmission du patrimoine familial. En plaidant pour la fin de la franchise d'impôt sur les petits héritages, elle entend bousculer les futurs programmes électoraux. Cette initiative soulève néanmoins de vives interrogations sur l'avenir fiscal des ménages modestes et des classes moyennes.

La CFDT réclame la fin de l'exonération sur les successions pour 2027

Invitée sur le plateau de RTL le 25 août 2026, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a jeté un pavé dans la mare fiscale. La dirigeante syndicale a formellement défendu la suppression de tous les seuils d'exonération actuels appliqués aux transmissions familiales, qu'il s'agisse des donations du vivant ou des héritages posthumes.

Pour justifier cette orientation, la centrale syndicale invoque une volonté d'élargir l'assiette fiscale et de freiner l'optimisation patrimoniale. "Dès le premier euro de succession ou de donation, on est pour l'application d'un pourcentage d'imposition. C'est une mesure de justice sociale, c'est une mesure de justice fiscale également", a soutenu Marylise Léon au micro de la station. En portant cette mesure controversée, la CFDT souhaite imposer le sujet au cœur de la campagne présidentielle de 2027 : "La question, c'est : est-ce qu'on aura des responsables politiques qui auront le courage d'assumer que ça peut bouleverser une partie de leur électorat ?"

Un séisme fiscal sous la réserve des économistes

Ce projet marquerait une rupture totale avec le cadre en vigueur. Selon l'article 779 du Code général des impôts, chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 euros par parent sans payer le moindre droit, avec un barème progressif de 5 % à 45 % au-delà. Grâce à ce mécanisme, environ deux tiers des successions, soit 80 % à 87 % des héritiers directs, sont aujourd'hui totalement exonérées d'impôt.

Vous avez aimé cet article ?

Le scénario d'une taxation forfaitaire dès le premier euro suscite de sérieuses réserves chez les spécialistes. Les analyses de l'Institut des politiques publiques (IPP) rappellent les risques d'une telle réforme. Selon les économistes de l'IPP, supprimer l'abattement pénaliserait directement les ménages modestes et les classes moyennes qui transmettent de petites sommes, pour un gain budgétaire global qui demeure très incertain.

Une simple prise de position syndicale sans impact immédiat pour vos biens

Pour les contribuables, il convient de souligner que cette déclaration ne constitue qu'une revendication syndicale et ne possède aucune valeur législative. Les règles successorales actuelles demeurent strictement applicables et aucun projet de loi n'a été voté en ce sens par le Parlement.

Si une telle réforme voyait le jour après 2027, les livrets d'épargne, les petites sommes d'argent et les logements modestes subiraient un prélèvement fiscal immédiat lors d'un décès. Pour l'heure, les particuliers peuvent continuer d'utiliser les dispositifs légaux pour organiser leur transmission : le renouvellement de l'abattement de 100 000 euros tous les 15 ans, l'exonération de l'assurance-vie jusqu'à 152 500 euros par bénéficiaire ou encore le démembrement de propriété.

Google News Voir les commentaires