Un père face à l'horreur : l'enquête solitaire pour débusquer le prédateur de sa fille sur Snapchat

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 24/02/2026
pere ordinateur
Istock
Le témoignage de Georges Bilello, qui a traqué lui-même le harceleur de sa fille de 12 ans sur Snapchat, met en lumière les failles de la protection des mineurs.

Diffusé ce dimanche 22 février 2026 sur TF1, ce récit illustre la détresse des familles confrontées à la cybercriminalité. Alors que les procédures officielles piétinaient, ce père de famille a choisi de se substituer aux enquêteurs pour sauver son enfant d'un prédateur sexuel, soulevant de graves questions sur la réactivité des institutions.

Un père transformé en enquêteur

L'affaire a pris une tournure médiatique nationale suite au passage de Georges Bilello dans l'émission Sept à Huit. Ce père a raconté comment il a basculé dans l'action après la tentative de suicide de sa fille Lylou, âgée de seulement 12 ans. L'adolescente était sous l'emprise d'un homme de 36 ans, qui la soumettait à un chantage sordide aux photos intimes, une pratique connue sous le nom de "sextorsion".

Face à l'urgence, Georges Bilello a récupéré les codes d'accès au compte Snapchat de sa fille. Il s'est fait passer pour elle afin de maintenir le contact avec le criminel. Cette infiltration lui a permis de collecter des preuves techniques déterminantes, telles que des adresses IP et des données de géolocalisation, forçant ainsi l'identification de l'individu. Comme il l'a confié sur TF1 : « J’ai fait le travail que la police n’a pas pu faire tout de suite. Si je ne l'avais pas fait, il aurait continué avec d'autres petites filles. »

Les failles de Snapchat et du système judiciaire

Ce drame expose les zones d'ombre de l'application Snapchat, très prisée des adolescents. Les prédateurs détournent ses fonctionnalités, notamment l'éphémérité des messages qui efface les traces, ou le dossier "My Eyes Only" qui permet de cacher des contenus derrière un mot de passe. Ces outils facilitent le mécanisme de "grooming", une manipulation psychologique visant à isoler l'enfant de sa famille pour mieux l'exploiter.

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L'enquête souligne également le décalage entre le temps numérique et le temps judiciaire. Les réquisitions auprès des géants du web basés aux États-Unis nécessitent des délais souvent incompatibles avec le danger immédiat qui pèse sur les victimes. Dans ce dossier, l'action du père a permis de contourner cette lenteur administrative qui laisse trop souvent les agresseurs agir en toute impunité.

Sanctions pénales et vigilance parentale

L'initiative paternelle a porté ses fruits devant les tribunaux. Le prédateur a écopé d'une peine de 4 ans de prison, dont 2 ans ferme, la justice ayant jugé recevables les preuves collectées par le père. Cette condamnation rappelle la sévérité de la loi, l'article 227-23 du Code pénal sanctionnant lourdement la pédopornographie.

Pour éviter d'en arriver à de telles extrémités, les parents disposent d'outils de prévention. Snapchat propose désormais un "Centre familial" (Family Center), permettant de superviser les contacts des mineurs sans accéder au contenu des messages. Il est également recommandé de contacter le 3018, numéro national contre les violences numériques. Selon le rapport 2025 de l'association e-Enfance, les signalements pour cyber-violence et sextorsion ont bondi de 35 % chez les moins de 15 ans, confirmant l'ampleur de la menace.

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