Justice : ouverture du procès d'un ostéopathe pour 29 viols et agressions sexuelles
L'affaire met un coup de projecteur sur les dérives potentielles entourant les pratiques de soins non conventionnels. Derrière les portes d'un cabinet alsacien, des actes présentés comme thérapeutiques auraient masqué des agissements lourdement sanctionnés par la loi. Ce dossier vertigineux interroge les limites de la pratique et la vulnérabilité des malades en quête de soulagement.
Un procès hors norme pour des violences sexuelles sérielles
L'audience de Pierre Garitte, 37 ans, a débuté ce lundi matin devant la cour criminelle du Bas-Rhin à Strasbourg. L'ancien praticien, qui exerçait dans la commune d'Eschau, comparaît pour des actes qui se seraient déroulés entre 2014 et 2020. Les débats doivent durer deux semaines pour décortiquer cette affaire tentaculaire, dont le verdict est attendu le 12 juin 2026.
La justice se penche sur les témoignages de 29 femmes. L'accusé est renvoyé devant les juges pour des viols présumés sur 8 patientes et des agressions sexuelles concernant 21 autres victimes. Selon la Cour criminelle du Bas-Rhin, il aurait commis ces crimes et délits en "abusant de l’autorité que lui confère sa fonction."
Actuellement placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer sa profession, l'ostéopathe conteste fermement toute intention délictueuse. Selon son avocat, Me Yves Sauvayre, les gestes reprochés à son client n'avaient "aucun caractère sexuel. "La défense soutient que ces actes s'inscrivaient exclusivement dans une démarche de soin purement technique.
Manipulations internes et cadre légal strictement défini
Le mode opératoire dénoncé par les plaignantes se concentre sur des attouchements ou des pénétrations digitales au niveau des parties intimes (touchers vaginaux ou rectaux). Ces actes survenaient lors de séances destinées à soulager différentes douleurs physiques. Lors de l'instruction, l'accusé a reconnu posséder une vision "trop mécanique" du corps humain, affirmant privilégier le "résultat" thérapeutique au détriment des méthodes employées.
Pourtant, la législation encadre sévèrement la profession. Le décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 est sans ambiguïté. Selon Légifrance, l'article 3 de ce texte stipule qu'un professionnel justifiant du titre d'ostéopathe "ne peut effectuer les actes suivants : 1° Manipulations gynéco-obstétricales ; 2° Touchers pelviens."
Ces pratiques sont le domaine réservé des médecins ou des sages-femmes. Le Conseil National de l’Ordre a d'ailleurs émis un avis clair : "L'attention des masseurs-kinésithérapeutes et ostéopathes est attirée sur le fait que la réalisation d'un toucher vaginal ou rectal [...] peut revêtir la qualification pénale d'agression sexuelle ou de viol."
Les investigations soulignent la situation de vulnérabilité des patientes, venues chercher de l'aide pour leurs maux. Une position rappelée avec force par Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, qui affirme auprès du quotidien Sud Ouest : "En aucun cas le viol ne fait partie du soin".
Les réponses aux questions que soulève cette affaire
Pour les patients s'interrogeant sur la conformité des soins reçus, la règle est formelle. Tout toucher interne (vaginal ou rectal) est strictement prohibé pour un ostéopathe non-médecin. Si un professionnel propose ce type de geste, il bascule dans l'exercice illégal de la médecine.
S'agissant des sanctions encourues, Pierre Garitte s'expose à de lourdes peines. S'il est reconnu coupable par la cour criminelle, il risque jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle pour les chefs d'accusation de viols.
Enfin, la durée de la procédure s'explique par l'accumulation des témoignages. Si une première plainte a été enregistrée dès 2018, il a fallu attendre octobre 2020 et un nouveau signalement pour viol pour que l'enquête s'accélère. Les forces de l'ordre ont alors analysé le répertoire du praticien, permettant d'identifier la trentaine de victimes présumées.
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