Suite de l'affaire Bruel : deux artistes ciblés par une action féministe
L'ambiance était électrique devant les portes du théâtre du Gymnase Marie Bell à l'occasion d'une soirée de première théâtrale particulièrement scrutée par les observateurs. Alors que le monde de la culture continue de s'interroger sur la gestion des accusations visant des personnalités publiques, une nouvelle mobilisation militante ravive les tensions autour de deux comédiens bien connus du grand public. Les passants et les spectateurs ont ainsi pu assister à une scène de protestation très visuelle.
Le théâtre du Gymnase sous la pression militante
Dans la soirée du 17 juin 2026, la façade de la célèbre institution parisienne a été recouverte d'affiches par des dizaines de militantes rattachées au collectif Nous Toutes Paris Nord. Ces vastes collages ciblent directement et qualifient ouvertement les comédiens d’"agresseurs." Cette action a été minutieusement planifiée. Elle s'est déroulée quelques instants seulement avant le lever de rideau de la première représentation de la pièce Cyrano. Dans cette nouvelle mouture du classique mise en scène par Anne Kessler, Édouard Baer occupe le rôle-titre, donnant la réplique à Atmen Kelif.
Face à cette vive contestation affichée aux abords mêmes de son établissement, le producteur Jean-Marc Dumontet a immédiatement défendu le maintien de la programmation théâtrale. Selon ses déclarations, le lieu culturel doit impérativement rester un espace de création et de travail tant que la justice n'a pas rendu de décision formelle.
Il a notamment souligné au quotidien Le Parisien : "Le spectacle continue car nous sommes dans un État de droit." La direction de la salle s'appuie principalement sur le fait qu'aucune nouvelle plainte ni procédure judiciaire n'est venue viser l'acteur principal depuis la première vague de témoignages survenue il y a deux ans. Le spectacle reste par conséquent à l'affiche jusqu'au 4 juillet 2026.
Le retour débattu d'acteurs mis en cause
Cette récente mobilisation fait directement écho aux révélations retentissantes publiées en mai 2024. Une enquête conjointe menée par Mediapart et le média Cheek avait alors relayé avec précision les témoignages de 6 femmes. Ces dernières accusaient Édouard Baer de "harcèlement et d'agressions sexuelles", des faits qui se seraient déroulés dans des contextes strictement professionnels entre les années 2013 et 2021.
À l'époque des faits, l'enquête précisait qu'aucune plainte officielle n'avait été déposée devant la justice. Le principal intéressé avait répondu par le biais d'un communiqué cité par l'hebdomadaire Le Point : "Je ne me reconnais pas dans les mots ou les gestes qui me sont attribués", tout en s'excusant publiquement pour ce qu'il qualifiait de comportements liés à une séduction parfois insistante ou mal perçue.
De son côté, Atmen Kelif, ancien membre de la troupe des Deschiens, se retrouve lui aussi pointé du doigt par cette vague de collages revendicatifs. Le comédien avait fait l'objet de rumeurs persistantes et d'accusations portant sur de présumées violences conjugales par le passé. Des affirmations qu'il avait vigoureusement démenties et contestées dans les médias au cours de l'année 2021.
Quand les féministes font fi de la présomption d'innocence ou de l'absence de condamnation
Pour le collectif féministe à l'origine de l'événement, la démarche associative vise à dénoncer ce qu'elles nomment "l'impunité dans le milieu du théâtre" (selon un communiqué de Nous Toutes). Les militantes rejettent fermement la distinction traditionnelle entre l'homme et l'artiste, estimant que le maintien de ces représentations participe activement à invisibiliser la parole des victimes présumées. Cette séquence médiatique soulève des interrogations complexes pour le secteur culturel tout entier.
Les directions de salles de spectacle se retrouvent continuellement tiraillées entre leur responsabilité morale affichée et l'absence totale de condamnations pénales, avec le risque constant de voir leurs spectacles annulés ou perturbés sous la pression publique. Reste désormais à savoir si cette remise en lumière médiatique des dossiers incitera d'anciennes plaignantes à formaliser enfin une procédure judiciaire.
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