Monstre nocturne assoiffé de sang frais, le vampire hante l'imaginaire populaire depuis l'Antiquité... mais sa légende ne sort pas de nulle part. Sur quelles vérités repose donc ce mythe effrayant ?
© Getty Images / IllustrationIstock

Créature repoussante ou bellâtre au teint pâle, la figure du vampire s'est beaucoup modifiée avec le temps. Le terme n'est né qu'au XVIIIème siècle avec le poème Der Vampyr, écrit par Heinrich Augustin von Ossenfelder, mais on évoque des créatures semblables depuis l'Antiquité. Les Romainsparlaient de striges, les Grecsd'empuses et d'onoscèles, les Proche-orientaux d'aulak, les Assyriens d'ahharu... Tour à tour monstres et démons, tous avaient une chose en commun : leur soif de sang frais.

Le vampire "traditionnel" est né plus tard, au Moyen-Âge. Il a été inspiré par la mythologie judéo-chrétienne, selon le site Tout comment. L'histoire de Caïn et Abel vous rappelle quelques chose ? Dans la Bible, il s'agit des fils d'Adam, le premier homme. Caïn tue Abel et se trouve marqué à jamais. Selon le texte religieux du livre de Nod, il rejoint sa tante Lilith, un personnage démoniaque qui l'initie à la magie et fait de lui le "premier vampire", un homme immortel mais craignant la lumière du jour.

D'où provient, dans ce cas, la crainte populaire d'un monstre suceur de sang ? On pourrait y voir une influence des chauve-souris, animaux souvent associés au mythe. Toutefois, les seules espèces de chauve-souris à boire le sang de leurs victimes sont endémiques d'Amérique du Sud, et s'attaquent exclusivement au bétail. L'une des autres pistes étudiées pour expliquer ce mythe est celle d'une maladie : la porphyrie érythropoïétique congénitale.

À lire aussi –Ce hérisson aux dents de vampire fait craquer la toile !

La "maladie du vampire" ?

Aussi appelée "maladie de Günther", la porphyrie érythropoïétique congénitale est une affection grave - et extrêmement rare. Elle "survient quand la production et la synthèse d'hémoglobine (un composant du sang) vont de travers", explique la chercheuse canadienne Ann M. Cox, autrice de l'article Porphyrie et vampirisme : un autre mythe en formation. Elle a souvent été appelée "maladie du vampire", et à première vue, ses symptômes correspondent aux caractéristiques de la créature... mais comme nous l'explique le professeur Laurent Gouya, directeur du Centre français des porphyries, il s'agit d'un raccourci facile.

Le chercheur admet, en mentionnant les patients atteints de la maladie de Günther, que "leur peau se dégrade à la lumière" et qu'"ils sont dépendants de transfusions sanguines". Aussi l'amalgame se fait-il rapidement, déplore-t-il, puisque les vampires sont censés craindre les rayons du soleil et se repaître de sang frais. Pourtant, comme l'explique Ann M. Cox, boire du sang ne serait d'aucune aide aux malades - et ils n'en ont d'ailleurs aucune envie.

Un autre détail troublant interpelle : d'après le folklore, l'ail repousse les vampires. Or, les patients souffrant de porphyrie érythropoïétique congénitale voient leurs symptômes s'aggraver s'ils consomment des aliments photosensibilisants... comme l'ail. Mais cela concerne aussi "le céleri", précise le professeur Laurent Gouya, et "les tubercules".

Il s'agirait donc d'une extrapolation, d'autant que la maladie est un cas extrêmement rare de porphyrie, appellation qui désigne une multitude d'affections différentes. Selon Laurent Gouya, on recense pour la maladie de Günther "un grand maximum de 15 cas en France". C'est trop peu pour servir de base à la légende. Pour retrouver de véritables origines au mythe, il faut se plonger dans l'Histoire.

La "Comtesse sanglante" et Vlad "L'Empaleur"

Chacun situe le château de Dracula dans le massif des Carpates, en Transylvanie. C'est là que se trouvait autrefois la demeure de l'aristocrate hongroise Élisabeth Báthory, qui vivait au XVIème siècle. Elle a été baptisée la "Comtesse sanglante", comme le rapporte L'Express, pour avoir massacré et saigné à blanc des dizaines de jeunes filles. Hantée par l'idée de subir les sévices de l'âge, elle aurait eu pour habitude, selon le folklore, de se baigner dans le sang de ses victimes comme s'il s'agissait d'un élixir de jeunesse. Ses exactions ont pu inspirer la figure du monstre assoiffé de sang, noble et présentable en apparence mais monstrueux en réalité.

Un autre individu a porté le mythe du vampire à un tel niveau qu'il en aurait inspiré Bram Stoker pour son livre fondateur, Dracula, rapporte RTL. Il s'agissait de Vlad III Basarab, prince de la région roumaine de Valachie. Il était surnommé Țepeș, "L'Empaleur", ou... Drăculea, "le fils du Diable". Ce tyran sanguinaire aurait empalé des milliers d'hommes, au point de former autour de son château une "Forêt des pals" constituée de toutes ses victimes.

Son titre prestigieux, son aspect effrayant et sa cruauté ont tracé le portrait du plus connu des vampires, ce qui a étonnamment rendu plus humaine la figure du monstre. Aujourd'hui, nous avons à l'esprit l'image d'Edward Cullen, éphèbe blanchâtre et mystérieux de la saga Twilight, plutôt gentil malgré sa part d'ombre. Qu'on ne s'y trompe pas. En effet, l'humanisation de cette créature terrifiante permet peut-être de nous faire comprendre une morale inquiétante : à l'origine de certains monstres imaginaires, il y a des hommes bien en chair.

Vidéo sur le même thème – Les mythes, une manière de transmettre le savoir

Cet article vous a intéressé ?

Découvrez encore plus d'actualités,
en vous abonnant à la matinale de Planet.

Votre adresse mail est collectée par Planet.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

Vidéo : Le récap de l'actualité du jour... vu de Twitter !