Les intempéries meurtrières de la semaine dernière soulèvent plusieurs interrogations, notamment sur la bétonisation des sols qui aggrave les épisodes pluvieux. Un écueil qui ne touche pas que le sud de la France : 75 % des communes sont susceptibles de connaître un pareil phénomène.

© IGN / Cagnes-sur-Mer en 1961 et aujourd’hui

Le drame de la semaine aurait-il pu être évité ? C’est la question que tout le monde se pose alors que le dernier bilan des intempéries qui ont eu lieu dans les Alpes-Maritimes est de 20 morts. Les dégâts sont quant à eux chiffrés à plus de 500 000 millions d’euros.

En premier lieu, les critiques se sont concentrées sur Météo-France qui aurait mal averti des risques à venir. Dimanche dernier au micro d’Europe 1, le maire (Les Républicains) de Nice, Christian Estrosi, a dit se poser "beaucoup de questions sur la manière dont travaille Météo-France" parce qu’"on n’(était) bien sur un niveau qui n’est pas orange mais rouge". De son côté, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a regretté "une banalisation de la vigilance orange (au dépend de la rouge)" qui "peut amoindrir chez nos concitoyens le réflexe de prudence."

"Il était très difficile de prévoir une telle intensité"

Des critiques infondées selon Pascal Brovelli, du service prévision de Météo-France, car il était "très difficile de prévoir une telle intensité en un temps si court." Il est vrai qu’en quelques heures, des trombes d’eau sont tombées samedi dernier sur les Alpes-Maritimes : à Cannes, on a relevé en deux heures l’équivalent de deux mois de pluie, et à Antibes l’équivalent d’un mois de pluie en l’espace de 30 minutes seulement.

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Mais pour certains, ce n’est pas tant les fortes précipitations qui ont occasionné ces inondations que l’urbanisation particulièrement développée sur la Côte d’Azur. "Il y a des erreurs commises il y a 50 ans quand l’Etat délivrait les permis de construire", a expliqué Eric Ciotti qui, comme les autres responsables, doit "faire avec" cet héritage. Même son de cloche du côté de Cécile Duflot, interrogée sur France Info, pour qui il faut "réparer les erreurs de l’urbanisation des années 70, 80, 90 en remettant la nature en ville."

En décembre 2014, l’ancienne ministre de l’Environnement, Corinne Lepage, alertait sur Europe 1 de la remise en cause systématique par les maires des restrictions d’urbanisation. "On constate qu’il y a des associations d’élus qui réclament de revenir sur la loi 'littoral' pour permettre de construire de manière plus souple dans les zones littorales, parce que ce sont des zones attractives…"

L’urbanisation de la Côte d’Azur en question

La multiplication dans la Côte d’Azur de zones pavillonnaires, de parkings et de routes, au détriment de parcs et jardins, est en effet un handicap quand la région doit faire face à de fortes précipitations, comme la semaine dernière. Car l’eau ruisselle sur le bitume sans pouvoir s’infiltrer dans les sols, emportant tout sur son passage. Sur les photos ci-dessus montrant Cagnes-sur-Mer en 1961 et aujourd’hui, on voit très bien le développement de ces zones pavillonnaires en lieu et place de la végétation.

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Un rapport du Sénat en 2012 pointait cette urbanisation comme facteur d’aggravation des inondations : "À strictement parler, les inondations et leurs conséquences ne sont pas des catastrophes 'naturelles'. En effet, si le fait déclencheur est bien un phénomène météorologique, parfois hors norme [...], il s'applique à un territoire de longue date remodelé par l'homme, ce qui en diminue ou en aggrave les conséquences", expliquait le rapport.

Le phénomène du ruissellement pluvial

Un constat que connaît bien Stéphanie Bidault, directrice du Centre européen de prévention du risque inondation (CEPRI). "Ce qui s’est passé dans les Alpes-Maritimes est effectivement lié à ce que nous appelons le ruissellement pluvial, c’est-à-dire un phénomène lié à l’urbanisation des villes qui ne sont plus en capacité de réguler les arrivées d’eau soudaines.", explique-t-elle à Planet.fr.

Mais cette problématique n’est pas liée qu’aux villes du Sud comme on pourrait le pensait. "On a fait une étude qui montre que 75 % des communes en France avaient connu en trente ans un phénomène de ruissellement pluvial. Si ces communes se trouvaient plutôt dans le Sud, il y a avait aussi Caen, Clermont-Ferrand, Rouen, etc. ; signe que cela touche l’ensemble du pays.", fait remarquer Stéphanie Bidault.

Pour la directrice du CEPRI, tout ceci est le résultat d’une politique de la ville pensée il y a plus de trente ans, une époque où l’on se souciait moins des risques encourus. Cependant, il est impossible de faire machine arrière selon elle. Il faut donc faire de la prévention en sensibilisant la population.

Sur le terrain, un élu dénonce les contraintes législatives

Seulement sur le terrain, les choses ne sont pas aussi simples et les critiques sur l’urbanisation ne passent pas depuis le début de la semaine. Sébastien Leroy, premier adjoint, en charge notamment de l’urbanisme, du maire (Les Républicains) de Mandelieu-la-Napoule - commune la plus endeuillée avec huit morts - nous explique pourquoi.

"D’un côté on se bat pour bétonner le moins possible et de l’autre on est écrasés par les lois du gouvernement qui nous imposent toujours plus de constructions.", déplore-t-il à Planet.fr. Dans sa ligne de mire, la loi Alur portée par l’ancien ministre Cécile Duflot, et les injonctions de l’Etat à respecter pour les communes le seuil de 25 % de logements sociaux. Ainsi, à Mandelieu-la-Napoule, qui compte près de 25 000 habitants, il faudrait construire 2 200 logements sociaux supplémentaires.

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L’adjoint en charge de l’urbanisme dénonce également la lenteur de la procédure administrative pour traiter des projets de prévention contre les inondations. "Cela fait des années que nous présentons notre projet de construire deux bassins de rétention évalués à 5 millions d’euros. Mais sur cette somme, l’Etat n’en prend qu’1,6 million.", dénonce encore l’élu.

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