"Violences policières" : pourquoi cette pétition à succès à peu de chances d'aboutir ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 13/10/2026
CRS
Istock
Déposée sur la plateforme de l'Assemblée nationale, la pétition réclamant l'interdiction des armes mutilantes lors des cortèges lycéens a dépassé le cap des 120 000 signatures.

La contestation lycéenne de l'automne prend un tournant institutionnel inédit. Face aux blessures graves signalées dans plusieurs rassemblements scolaires, les familles et collectifs citoyens portent directement le combat sous les dorures du Palais-Bourbon. Cette initiative force désormais la représentation nationale à se positionner sur les méthodes policières employées face aux mineurs.

Une pétition citoyenne impose l'examen de la commission des lois

En enregistrant plus de 120 000 signatures en seulement quelques jours comme l'a constaté Le Parisien, le texte porté par Raphaël Pradeau, porte-parole d'Attac France, franchit le palier réglementaire fixé par le Palais-Bourbon. Ce succès numérique active la mise en avant officielle sur le site de l'institution et impose l'attribution du dossier à la commission des lois. Les signataires réclament l'interdiction formelle de l'emploi du LBD 40, des grenades de désencerclement, ainsi que les gestes d'immobilisation comme le plaquage ventral ou la clé d'étranglement lors des rassemblements scolaires.

L'intitulé exact de la pétition sur le site de l'Assemblée est le suivant : "L’interdiction des armes mutilantes et des techniques d’immobilisation létales dans les manifestations lycéennes." Le texte interpelle directement les parlementaires sur les risques encourus par la jeunesse : "Nous ne pouvons pas attendre que de nouveaux drames se produisent et qu'un ou une jeune décède comme ce fut le cas pour Malik Oussekine", prévient Raphaël Pradeau dans l'exposé des revendications. Face à cet élan populaire, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a rappelé les mécanismes du droit de pétition sur LCI. Elle s'est déclarée favorable à l'organisation d'un débat si l'ensemble des conditions réglementaires se trouvent réunies.

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Entre drames récents et fermeté de Beauvau, la fracture politique s'élargit

Cette pression parlementaire fait écho au lourd bilan des récentes mobilisations scolaires. Plusieurs incidents graves ont marqué les cortèges, incluant des lycéens éborgnés à Tours et des mains arrachées à Lens. Ces violences ont conduit à l'ouverture de 24 enquêtes judiciaires confiées à l'IGPN, selon les données transmises par les autorités judiciaires.

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Au sommet de l'État, le ministre de l'Intérieur maintient pourtant une ligne de fermeté absolue. Malgré la suspension temporaire de certaines grenades assourdissantes, Laurent Nuñez assume l'intervention systématique des unités mobiles : "On a oublié qu'ils sont lycéens, ce sont tout simplement des voyous, des délinquants", a martelé le ministre de l'Intérieur pour justifier la riposte policière face aux débordements.

Une pétition qui va rester symbolique ?

Le sort de l'initiative citoyenne repose désormais sur l'arbitrage d'un député-rapporteur au sein de la commission des lois. Ce dernier décidera soit d'un classement sans suite, soit de la rédaction d'un rapport d'information parlementaire. Pour forcer un examen direct dans l'hémicycle sans filtre préalable, la pétition devra atteindre le seuil de 500 000 soutiens répartis sur au moins trente départements, conformément aux articles 147 à 151 du Règlement intérieur de l'Assemblée.

Mais, comme le rappelle Le Parisien, récemment, les pétitions contre la loi Yadan et la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, qui avaient recueilli plus de 700 000 signatures, avait purement et simplement été "classées" par la commission. Celle contre la loi Duplomb, qui avait franchi le cap des 2 millions, avait bien été débattue à l'Assemblée... symboliquement. C'est dire si celle-ci a peu de chances de faire bouger le gouvernement.

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