Loi sur la présomption de légitime défense policière : mobilisations et dérapages dans toute la France

Publié par Matthieu Chauvin
le 20/09/2026
Manifestation loi présomption d'innocence
abacapress
© Paoloni Jeremy/ABACA
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté à travers la France pour contester la proposition de loi accordant une présomption d'usage légitime de l'arme aux forces de l'ordre.

Ce dimanche 20 septembre, le pavé des grandes agglomérations a résonné au son des slogans hostiles à la réforme de la légitime défense policière. Alors que le texte a franchi l'étape de l'Assemblée nationale, une fracture profonde oppose syndicats de policiers et défenseurs des libertés publiques. La tension politique s'accroît à l'approche de l'examen du texte par la chambre haute du Parlement.

Une mobilisation sous haute tension à Paris et dans les grandes agglomérations

Parti de la place de la République à Paris, le défilé a fait écho à des rassemblements signalés à Marseille, Lyon ou Nantes. De nombreux collectifs de familles de victimes, des syndicats et des associations de défense des droits humains ont battu le pavé pour marquer leur refus de cette réforme. Les pancartes réclamaient l'abandon pur et simple du dispositif législatif.

Le dispositif de surveillance policière s'est révélé particulièrement dense sur l'ensemble des parcours déclarés. Des incidents ont éclaté au cours des défilés, notamment à Paris, et à Nantes où les forces de sécurité ont procédé à des tirs de gaz lacrymogènes lors d'échauffourées survenues aux abords de la préfecture.  Les slogans "tout le monde déteste la police" ou "ACAB" ("all cops are bastards" : "tous les flics sont des bâtards") ont fusé en permanence, marquant la couleur politique de nombre de manifestants.

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Cette contestation puise également sa force dans l'amertume ressentie face à la gestion parlementaire de la contestation citoyenne. Les manifestants fustigent le rejet et le classement sans débat dans l'hémicycle d'une pétition officielle enregistrée sur le site du Palais-Bourbon, malgré plus de 730 000 signatures citoyennes recueillies.

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Les contours d'une réforme contestée et son parcours législatif

À l'origine de ce mouvement figure une proposition portée par le groupe La Droite républicaine. Le texte modifie l'article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure pour instaurer une présomption d'usage légitime de l'arme : "Lorsqu'ils font usage de leurs armes, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale sont présumés avoir agi dans l'un des cas autorisés (...) conformément aux conditions d'absolue nécessité et de stricte proportionnalité", rapporte LCP.

Pour les défenseurs de la réforme, ce cadre renforce la protection des fonctionnaires confrontés à la hausse des refus d'obtempérer et aux situations d'urgence sur le terrain. Les partisans du dispositif soutiennent que les forces de l'ordre ne doivent pas être traitées comme des suspects ordinaires dès lors qu'un tir survient en intervention.

À l'opposé, magistrats et associations dénoncent un dangereux dispositif équivalent à un permis de tuer. Les détracteurs pointent une inversion de la charge de la preuve obligeant désormais le parquet ou les parties civiles à démontrer la disproportion du tir, affaiblissant ainsi le contrôle judiciaire des actions armées. Responsable du programme Police et droits humains auprès d'Amnesty International France, Anja Bienert s'inquiète de ce changement de paradigme : "On parle beaucoup des dangers auxquels les policiers font face. Je ne dis pas que ce n'est pas un métier difficile. Mais ces difficultés n'exemptent pas les policiers de se conformer à la loi et de rendre des comptes sur comment ils utilisent le pouvoir que l'État leur confère."

Adoptée en première lecture par 313 voix à l'Assemblée nationale le 7 juillet 2026, la proposition porte le numéro de dossier 866. L'arrivée du texte au Sénat est prévue à l'automne, avant un recours probable devant le Conseil constitutionnel pour examiner la conformité du texte avec les principes républicains.

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