Vers un déremboursement des cures thermales ? La fronde s'organise

Publié par Matthieu Chauvin
le 29/10/2026
Cure thermale
Istock
Face au projet de désengagement de la Sécurité sociale, près de 60 sénateurs interpellent le Premier ministre Sébastien Lecornu pour stopper le transfert du coût des cures thermales vers les mutuelles.

La crispation s'intensifie autour de la prise en charge des soins thermaux. Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) arrive en séance publique, le monde thermal redoute un coup d'arrêt historique pour ses stations. La mobilisation politique franchit un cap avec une initiative transpartisane inédite au Palais du Luxembourg.

Une fronde de 60 sénateurs contre le désengagement de l'État

L'offensive parlementaire a pris une forme officielle le 28 octobre par l'envoi d'un courrier commun adressé directement à Matignon. Initiée par le sénateur Jean-Marc Boyer (Puy-de-Dôme), cette démarche rassemble près d'une soixantaine d'élus représentant 42 départements thermaux. Les signataires y défendent sans détour l'utilité des soins dispensés : "Le thermalisme mérite un débat transparent, contradictoire et respectueux du travail scientifique en cours. L'avenir de cette médecine, l'accès aux soins de milliers de patients et l'équilibre de nombreux territoires ne peuvent se décider sans dialogue ni avant que l'expertise sollicitée par le gouvernement ait rendu ses conclusions."

Cette protestation s'est prolongée lors de la séance des questions d'actualité au gouvernement, à quelques jours de l'examen du texte au Sénat programmé le 9 novembre. Devant ses pairs, le sénateur Jean-Marc Boyer a accusé l'exécutif de vouloir tout simplement "casser la filière thermale française" par pure logique comptable. Face à cette salve, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a contesté toute volonté de démantèlement : "Nous ne proposons pas un déremboursement, il s'agit d'une nouvelle répartition entre l'assurance maladie obligatoire et les mutuelles qui pourront toujours prendre en charge le complément."

Le transfert de 200 millions d'euros menace l'accès aux soins et l'emploi local

Le dispositif envisagé par l'exécutif prévoit de faire porter 200 millions d'euros de dépenses de santé sur les organismes complémentaires. Pour les parlementaires signataires, cette ponction budgétaire bouscule le calendrier scientifique. Ces derniers exigent un moratoire strict sur cette réforme budgétaire, soulignant que l'évaluation du service médical rendu menée par la Haute Autorité de santé (HAS) ne livrera pas ses conclusions avant la fin de l'année 2027. Agir avant cette date relève, selon eux, d'un contresens méthodologique.

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Les conséquences directes inquiètent particulièrement les 500 000 patients annuels traités en cure. Si le texte passe en l'état, une hausse mécanique du reste à charge guette les ménages, à moins que les complémentaires santé n'augmentent à nouveau leurs cotisations pour l'absorber. Le doute persiste également sur le maintien intégral de la couverture pour le quart des curistes pris en charge au titre d'une affection de longue durée (ALD). Rien ne changera cependant pour vos séjours dans l'immédiat, le texte devant encore faire l'objet de débats et de votes parlementaires avant toute application.

Ce désengagement ferait également peser un risque économique lourd sur les bassins d'activité ruraux. Dans le département des Landes, centré autour du pôle de Dax, 5 000 emplois dépendent directement de cette industrie de santé. Les sénateurs comptent désormais déposer des amendements de suppression lors des débats budgétaires pour faire reculer Matignon.

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