Plusieurs médias se font l'écho d'un ultime article de l'astrophysicien Stephen Hawking évoquant "la fin de l'univers", ainsi qu'une méthode pour prouver l'existence de "multivers". Planet est allé vérifier.
AFP

Dans un ultime article mis à jour le 4 mars dernier et actuellement soumis à un comité scientifique pour publication, l’éminent astrophysicien Stephen Hawking, décédé le 14 mars, aurait produit d’étonnantes et explosives prédictions. Il y serait question de l’extinction de notre univers dû à l’épuisement des ressources d’énergies des étoiles et même de ‘’testabilité’’ de la théorie des univers parallèles. De ces deux énonciations, c’est surtout la deuxième qui suscite des questions.

Contacté par Planet, Thomas Hertog, co-auteur de l'article scientifique, explique qu’il s’agit d’un travail reprenant une première théorie émise par Stephen Hawking en 1983 et se concentrant sur le big bang. "Le modèle décrivait, pas un mais un ensemble d’univers infinis : un multivers. Sauf que cela conduisait à un paradoxe : ce modèle ne disait rien de notre propre univers (…) Nous voulions donc développer une méthode pour transformer l’idée d’un multivers dans un modèle scientifique cohérent et testable", détaille-t-il.

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Et selon Thomas Hertog, c’est précisément à cette question que répondent les dernières recherches de Stephen Hawking : "Nous avons découvert que le multivers se restreint à un nombre d’univers finis, ce qui permet donc au modèle d’être testé". Si la théorie est correcte, des traces de ces multivers seraient toujours détectables dans le cosmos : "Ce modèle prédit que nos univers est né avec l’explosion d’une rapide expansion appelée inflation cosmique. Un big bang de cette nature amplifie les ondes gravitationnelles, qui en retour se verraient sur les images satellite du fond diffus cosmologique". Forcément, pouvoir montrer que le multivers existe, la nouvelle était alléchante….

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D’autres scientifiques plus circonspects

La théorie du multivers et la promotion de l’ultime papier de Stephen Hawking laissent certains scientifiques plus perplexes. Aurélien Barrau, professeur à l'université Grenoble-Alpes, astrophysicien au CNRS spécialiste des trous noirs, membre honoraire de l'Institut universitaire de France, explique ainsi que la théorie présentée n’a rien de vraiment nouveau. "Ce que je peux dire, avec l’ensemble de la communauté je crois, c’est que l’article n’est pas révolutionnaire. C’est un raffinement théorique d’une proposition faite il y 35 ans et qui, elle-même, bien que fort intéressante n’est qu’un scénario assez exotique parmi beaucoup d’autres possibles. Il n’est pas question de dénigrer l’intérêt de ce travail mais simplement de ne pas survendre un article qui est essentiellement ignoré par la communauté des spécialistes", explique-t-il à Planet. D’autres astrophysiciens français contactés par Planet tiennent le même son de cloche et estiment qu’il s’agit d’un papier plutôt survendu.

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Sur la question de la testabilité du multivers, Aurélien Barrau est d’ailleurs tout aussi précautionneux, mettant en avant que le scénario exposé est un parmi beaucoup d’autres : "Essentiellement, l’article dit que ce modèle prédit l’inflation et que cette dernière est testable. Mais il y a des centaines d’autres modèles qui, tous, prédisent aussi l’inflation : ce n’est pas donc pas du tout pertinent du point de vue d’une mise à l’épreuve expérimentale. Il y a en effet un certain intérêt pour le multivers mais là encore, c’est une amélioration de choses connues", ajoute-t-il.

Hors de question par ailleurs pour le scientifique de remettre en cause le pedigree de Stephen Hawking, mais simplement un souci de précision. "Tout cela n’ôte rien à la qualité exceptionnelle des travaux merveilleux de Hawking réalisés dans le passé et que nous admirons tous. Nous lui devons l’amitié et l’honnêteté de ne pas le déifier et de ne pas prendre chacun de ses mots pour parole d’évangile : en tant que grand scientifique je suis certain qu’il n'aurait pas apprécié d’être vu comme un oracle", assure Aurélien Barrau.

Autrement dit, l’ouverture des vortex, ce n’est pas pour tout de suite…

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