Incendies et biodiversité : vers une interdiction de la chasse dans les forêts ravagées ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 29/07/2026
Forêt caclinée
Istock
Une pétition citoyenne réclamant un moratoire de trois ans sur la chasse dans les massifs incendiés dépasse les 245 000 signatures ce 29 juillet 2026.

Alors que les écosystèmes de Gironde ou de Fontainebleau sont à bout de souffle après les brasiers récents, le débat s'envenime entre défenseurs de la nature et chasseurs. Faut-il imposer une interdiction nationale de tir ou s'en remettre aux décisions locales pour protéger la faune rescapée des flammes ?

Une forte mobilisation citoyenne pour protéger la faune rescapée

Sur la plateforme Change.org, la dynamique d'une pétition publiée avant même les incendies de juillet s'accélère avec plus de 245 000 signataires enregistrés en en cette fin de mois. Face aux dizaines de milliers d'hectares de forêts réduits en cendres en France sur les 24 derniers mois, les militants exigent du Premier ministre une action forte pour sauvegarder la biodiversité. Cette initiative citoyenne vise la mise en place d'une suspension immédiate de l'activité cynégétique pendant trois ans dans les zones calcinées, rapporte Le Huffington Post.

Les massifs touchés, comme ceux de Gironde, des Landes ou de Fontainebleau, présentent un constat de terrain alarmant. Les animaux sauvages, qu'il s'agisse de chevreuils, de sangliers ou de petits mammifères, se retrouvent subitement privés de leurs habitats naturels. Sans zones de nourrissage ni caches végétales, cette faune devient extrêmement vulnérable face aux prélèvements réguliers des fusils.

Le bras de fer entre gestion locale et mesure d'exception nationale

Pour les associations environnementales, la faune survivante souffre d'un état de stress physiologique majeur. Maintenir la pression de chasse dans ces conditions compromettrait sérieusement la résilience des écosystèmes pour la prochaine décennie. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) souligne d'ailleurs l'importance fondamentale de préserver les zones refuges pour assurer la survie des espèces après un passage de feu de grande intensité.

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En face, les instances cynégétiques rejettent vigoureusement une mesure qu'elles qualifient d'idéologique. La Fédération Nationale des Chasseurs (FNC), dans un communiqué publié en juillet 2026, riposte en affirmant que "les préfets disposent déjà des outils nécessaires pour adapter la chasse aux réalités locales sans qu'il soit besoin d'une mesure nationale punitive." Les chasseurs rappellent qu'ils agissent comme des sentinelles pour la veille sanitaire et la régulation des espèces, y compris au sein des zones sinistrées.

Une autre association, Futur qui a également lancé une pétition aux plus de 400 000 signatures, a répondu à la Fédération sur Instagram : "Toujours dans l’excès ces chasseurs… Et surtout toujours ce même argument : “Vous ne connaissez rien, laissez-nous gérer."

Le cadre juridique actuel repose sur l'article L424-7 du Code de l'environnement. Ce texte précise clairement que "le préfet peut, par arrêté, suspendre l'exercice de la chasse en cas de calamité, notamment d'incendie." L'enjeu politique réside désormais dans la pression exercée sur le gouvernement. Les militants exigent de passer d'une gestion préfectorale opérée au cas par cas à une règle nationale uniforme, justifiée par l'ampleur inédite des feux de l'été 2026.

Cette situation interroge directement le pouvoir juridique de l'exécutif pour contourner l'autorité des préfets. De plus, la définition exacte des critères d'une calamité naturelle ouvrant droit à cette suspension reste débattue. Les syndicats agricoles s'inquiètent de possibles effets indésirables, redoutant une prolifération des sangliers dans les parcelles limitrophes si la régulation s'arrête net. Enfin, les défenseurs de la forêt se demandent si un tel moratoire devrait s'étendre logiquement à d'autres activités humaines, telles que l'exploitation forestière intensive ou le tourisme de masse, pour garantir une véritable régénération de ces espaces meurtris.

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