Présenté à Cannes, L’Abandon, le film consacré à Samuel Paty, provoque une violente polémique sur les réseaux sociaux. Plusieurs influenceurs proches de la gauche radicale dénoncent une œuvre « islamophobe », tandis que ses défenseurs y voient un nécessaire travail de mémoire sur l’islamisme et la liberté d’enseigner.
Présenté hors compétition au Festival de Cannes, L’Abandon, le nouveau film de Vincent Garenq consacré à l’assassinat de Samuel Paty, déclenche une tempête politique et médiatique. Tandis que certains saluent une œuvre nécessaire sur l’islamisme et la solitude des enseignants, plusieurs influenceurs proches de la gauche radicale dénoncent un film « dangereux » et « islamophobe ».
Une polémique explosive sur les réseaux sociaux
Sorti le 13 mai 2026, le long-métrage retrace les onze jours ayant précédé l’assassinat du professeur d’histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine. Incarné par Antoine Reinartz, Samuel Paty apparaît au cœur d’un engrenage tragique mêlant réseaux sociaux, pressions militantes, défaillances institutionnelles et radicalisation islamiste.
Mais à peine projeté à Cannes, le film a suscité une vague d’attaques virulentes sur internet.
L’influenceur Grimkujow, suivi par plusieurs centaines de milliers d’abonnés, a ainsi qualifié le film de « film de merde » et de « projet dangereux ». Dans une séquence devenue virale, vue plusieurs millions de fois sur X, certains créateurs de contenus accusent le réalisateur d’entretenir un amalgame entre musulmans et islamistes.
Selon ces critiques, le film participerait à une stigmatisation des musulmans et nourrirait indirectement les discours de l’extrême droite.
Une fracture idéologique autour de l’islamisme
Adapté du livre-enquête de Stéphane Simon, L’Abandon décrit pourtant de manière très factuelle les événements ayant conduit au drame : le mensonge initial d’une collégienne, les vidéos accusatrices de Brahim Chnina, le rôle du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui et les hésitations de certaines autorités administratives.
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Le titre même du film pointe ce que le réalisateur considère comme un abandon institutionnel du professeur.
Cette approche provoque aujourd’hui une fracture profonde entre deux visions irréconciliables :
d’un côté, ceux qui considèrent indispensable de nommer clairement l’islamisme radical ;
de l’autre, ceux qui redoutent qu’une telle représentation alimente l’islamophobie.
Certains médias conservateurs reprochent même au dossier de presse du film de ne pas employer suffisamment le terme « islamisme », tandis que des militants décoloniaux dénoncent une œuvre jugée stigmatisante.
« Samuel Paty a été tué parce qu’il faisait son métier »
Lors d’un débat télévisé récent, un sénateur a rappelé que Samuel Paty « a été tué simplement parce qu’il faisait son métier ». D’autres observateurs dénoncent un climat de peur chez les enseignants et un « terrorisme intellectuel » empêchant toute critique de l’islamisme sous peine d’être accusé d’islamophobie.
La famille de Samuel Paty, elle, tente de rester à distance des affrontements politiques. Selon leur avocat, la mère et le fils de l’enseignant refusent toute récupération idéologique du drame et distinguent clairement l’islam de l’extrémisme islamiste.
La sœur du professeur, Mickaëlle Paty, qui a accompagné le projet cinématographique, espère désormais que le film pourra servir d’outil pédagogique dans les établissements scolaires afin d’expliquer la laïcité, la liberté d’expression et les mécanismes de radicalisation.
Une œuvre déjà au cœur d’un combat culturel
Au-delà du cinéma, L’Abandon semble cristalliser une bataille culturelle française beaucoup plus large : comment parler de l’islamisme sans être accusé de stigmatiser les musulmans ? Jusqu’où peut aller la liberté d’expression ? Et l’école est-elle aujourd’hui suffisamment protégée face aux pressions idéologiques ?
Autant de questions que le film remet brutalement au centre du débat public.
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