Procès Samuel Paty : le cri de douleur d'une mère face à des peines réduites en appel
Ce délibéré marque la fin du second volet judiciaire pour les complices présumés, plus de cinq ans après le drame de Conflans-Sainte-Honorine. Alors que le Parquet national antiterroriste réclamait une fermeté exemplaire, la cour d'assises d'appel spéciale de Paris a choisi une autre voie, laissant les parties civiles sous le choc.
Un verdict de clémence qui ravive la douleur
La décision est tombée le lundi 2 mars 2026. La cour d'assises d'appel spéciale de Paris a rendu son arrêt concernant les complices présumés de l'assassinat de Samuel Paty. Si ce moment devait clore un chapitre douloureux, il a au contraire rouvert les plaies de la famille de l'enseignant. Le choc est rude à la lecture du délibéré : sur les quatre accusés rejugés, trois ont bénéficié d'une réduction de peine significative par rapport au premier procès. Seul Abdelhakim Sefrioui, le prédicateur âgé de 66 ans, a vu sa sentence de 15 ans d'emprisonnement confirmée.
Ce verdict va à rebours de la sévérité attendue par les proches de la victime. À la sortie de l'audience, Bernadette Paty, la mère du professeur, n'a pas caché sa dévastation. Sur RTL, ce mardi 3 mars elle a déclaré : "On ne peut pas être apaisés à la suite de ce procès, on est forcément très en colère. On ne comprend pas les décisions de la cour. Comment voulez-vous comprendre entre le premier et le deuxième procès ces écarts ?"
Un décalage flagrant entre réquisitions et condamnations
Pour comprendre ces motivations, il faut se pencher sur la complexité du dossier mêlant complicité d'assassinat terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle. Le Parquet National Antiterroriste (PNAT) avait pourtant requis la "fermeté absolue", demandant le maintien, voire l'aggravation des peines de première instance pour contrer ce qu'il qualifiait d'"engrenage de haine numérique."
Cependant, la cour n'a pas suivi ces réquisitions. Les juges d'appel ont apporté des nuances sur le degré d'implication réelle des accusés dans le projet macabre d'Abdoullakh Anzorov, l'auteur de cet attentat d'origine tchétchène. L'un des principaux accusés, Brahim Chnina, le père de collégienne qui avait menti à propos de Samuel Paty, voit ainsi sa peine passer de 13 ans de réclusion en première instance à 10 ans en appel.
La défense a plaidé avec succès l'absence de connaissance précise du projet criminel final, arguant que les "intermédiaires" ignoraient l'issue fatale préparée par l'assaillant. Les réductions de peine des deux accusés qui avaient aidé le tueur à se procurer des armes sont encore plus déconcertantes : Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, 24 et 25 ans, voient leurs condamnations passer de 16 ans chacun, à 6 ans de prison pour le premier et 7 ans pour le second, sans que le caractère terroriste ne soit retenu !
Le sentiment d'un "second abandon" pour les proches
Pour la famille, cette décision résonne comme une "dévaluation" de la gravité du crime subi. Bernadette Paty a livré une déclaration poignante, toujours sur RTL : "On a l’impression que la cour a abandonné une nouvelle fois Samuel. Comment ces deux jeunes, qui sont allés avec lui acheter des armes, l’ont véhiculé jusqu’au collège, puissent être exonérés d’une peine exemplaire ?"
Plus largement, ce verdict inquiète une partie du corps enseignant. Il est perçu comme un signal judiciaire manquant de fermeté face aux mécanismes de désignation et de harcèlement qui ont mené à la décapitation d'un professeur. Pour les parties civiles, l'institution n'a pas pris la pleine mesure de la "chaîne de complicités" qui a rendu l'attentat possible, laissant un sentiment d'amertume et d'abandon.
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