Lucie Castets : sa comparaison ridicule pour défendre une chaîne de fast-food
La prolifération des enseignes de restauration rapide suscite de vives tensions dans la capitale et fracture l'échiquier politique. Alors que la municipalité tente de réguler l'installation de ces commerces pour préserver l'identité des quartiers, les débats prennent une tournure inattendue sur la question des inégalités sociales. La maire du XIIe arrondissement a ainsi défendu une approche très clivante de l'alimentation urbaine face à une opposition médusée.
La défense controversée de Master Poulet par Lucie Castets
Les élus parisiens examinaient, vendredi 19 juin 2026, le dossier très sensible de l'augmentation des devantures de restauration rapide et de son impact sur la santé des habitants. Les discussions portaient spécifiquement sur l'invasion de la malbouffe dans certains arrondissements périphériques. La séance a basculé lorsque Lucie Castets a exigé la parole pour défendre l'enseigne "Master Poulet". L'ouverture de cet établissement spécialisé dans la friture cristallise l'agacement des riverains et des associations de quartier depuis plusieurs semaines.
Bien décidée à recadrer le débat, l'édile a invectivé ses adversaires politiques. "Je m’étonnais en conseil d’arrondissement que vous puissiez avoir une forme d’indignation à géométrie variable, puisque je ne vous entends jamais vous indigner sur d’autres types de commerces, y compris d’autres types de restauration rapide, ou encore quand tout une rue abrite des magasins d’instruments de musique ou des artisans", a-t-elle lancé dans l'hémicycle, selon les propos rapportés par Le Figaro.
"Mais enfin, ça n’a rien à voir !" l'a interrompue Sylvain Maillard, député Renaissance. Cette mise en parallèle abrupte entre la présence des artisans de la musique et l'implantation de chaînes industrielles a déclenché une salve de huées immédiate sur les bancs de la droite et du centre. Les membres de l'opposition fustigent une comparaison absurde qui tire le débat parisien vers un nivellement par le bas inacceptable.
Ils estiment que la mairie masque la réalité médicale de ces quartiers. Plusieurs élus ont pris la parole pour dénoncer une méconnaissance profonde des enjeux de santé publique liés à la consommation quotidienne de produits ultra-transformés.
Lucie Castets persiste et signe
Cette déclaration surprenante repose sur une lecture sociale de l'urbanisme commercial. Pour l'élue du XIIe arrondissement, stigmatiser les amateurs de poulet frit relève d'un mépris de classe inavoué. Elle justifie sa position par l'impératif de maintenir une offre alimentaire abordable pour les classes populaires. "Les personnes qui côtoient ce genre d’établissements ne font pas partie des classes sociales les plus aisées. Je disais donc en conseil d’arrondissement qu’il me semblait fondamental qu’il existe des offres pour tous les budgets, y compris pour les classes populaires. Sans bien sûr abandonner nos objectifs d’un accès à une alimentation durable et de bonne qualité pour tout le monde."
Comme le rapporte Le Figaro, c'est le maire de Paris Emmanuel Grégoire qui a clos le débat, souhaitant ne pas "stigmatiser" les fast-food. "J’en suis client, mes enfants en sont clients. (...) Et je pense que si on demandait à nos enfants s’il leur arrive d’y aller, je crains que la réponse soit oui, trop souvent."
Un phénomène de société qui met en danger les commerces traditionnels
La problématique dépasse le cas isolé de Master Poulet pour toucher au phénomène structurel de la mono-activité. D'après les dernières données publiées par l'Apur (Atelier parisien d'urbanisme), le volume d'établissements de restauration rapide a bondi de plus de 15 % en trois ans au sein de la capitale. Pour tenter de freiner cette uniformisation des artères parisiennes, la mairie s'efforce d'adapter son Plan Local d’Urbanisme (PLU). Elle utilise l'article L. 214-1 du Code de l'urbanisme. Ce texte accorde aux communes un droit de préemption commercial majeur. Cet outil juridique autorise la ville à racheter des baux pour installer des commerçants indépendants et bloquer l'arrivée de nouvelles franchises mondialisées.
La municipalité parisienne fait face à un arbitrage complexe. Elle préserve des secteurs entiers pour leur savoir-faire spécifique, à l'image de la rue de Rome sanctuarisée pour ses luthiers. La passe d'armes autour de Master Poulet illustre la difficulté de concilier la protection de ce patrimoine artisanal avec la liberté d'installation des géants de la restauration. L'avenir dira si les pouvoirs publics choisiront d'activer leur arsenal juridique pour limiter ces ouvertures, ou si l'enseigne de friture deviendra la référence d'une bataille inédite contre la gentrification de l'assiette.
Voir les commentaires