Léa Salamé : elle exprime ses regrets après l'interview polémique d'un ministre russe

Publié par Matthieu Chauvin
le 14/04/2026
Léa Salamé
Capture vidéo
© Capture vidéo France 2
Près de trois semaines après son entretien avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, Léa Salamé a décidé de s'exprimer le 14 avril en formulant de rares regrets éditoriaux.

Le 26 mars 2026, la diffusion de l'entretien entre la présentatrice du 20 heures et Sergueï Lavrov sur France 2 a provoqué une onde de choc médiatique. Programmée de manière fortuite alors que les dirigeants du G7 étaient réunis, cette séquence a démultiplié la gêne diplomatique française. Face à la tempête, la journaliste revient sur cet exercice d'équilibriste.

Un mea culpa inattendu : le "regret" d'une diffusion brute

Lors du débat "L'information, nouvelle ligne de front" organisé par France Télévisions le 14 avril 2026, Léa Salamé a exprimé des réserves sur la présentation de son travail. La journaliste admet que l'entretien manquait de contrepoids immédiat lors de sa diffusion télévisée, relate TV Magazine.

Elle confie avec une franchise inhabituelle : "J'ai un regret sur cette interview." La présentatrice précise ensuite sa pensée en expliquant que "probablement, en 2026, on ne peut pas balancer une interview comme ça sans l'accompagner" (selon ses propos tenus lors des débats France Télévisions). Elle souligne qu'un décryptage en plateau par un expert de la maison comme Etienne Leenhardt, couplé à des reportages sur le terrain ukrainien, auraient permis d'équilibrer le propos.

Une interview sous le feu des critiques diplomatiques et politiques

Dès le lendemain de l'émission, les réactions institutionnelles ont été très durs. L'ambassadeur d'Ukraine en France, Vadym Omelchenko, a vivement manifesté son indignation sur le réseau X : "Je pense qu'aujourd'hui, beaucoup de gens pour qui les valeurs comptent vraiment se posent la question : à quoi bon offrir une tribune à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre ?"

Le malaise a rapidement gagné le gouvernement français. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a regretté que son homologue russe "ait pu dérouler tranquillement sa propagande", selon une déclaration relayée par l'AFP. Sur le plan de la régulation, le député Laurent Mazaury a saisi l'Arcom pour dénoncer l'absence de contradiction adéquate.

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La défense du métier : refuser le "monopole du récit" à Moscou

Malgré ces vives tensions, Léa Salamé maintient fermement la nécessité d'interroger tous les acteurs du conflit. Elle rappelle que cet exercice complexe relève d'une démarche informative justifiée. "Il ne faut pas être hypocrite", affirme-t-elle, car les interviews de ce type sont demandées par toutes les rédactions.

Pour la journaliste, occulter cette parole constituerait une erreur stratégique. "Faut-il donner la parole à des dirigeants qui lancent des guerres ? Je pense que oui", martèle-t-elle lors du débat public. Elle insiste sur le fait que le silence des démocraties signifierait qu'elles "laisseront à la Russie ou à d'autres le monopole du récit."

Les coulisses d'un entretien sous haute tension

L'entretien avec Sergueï Lavrov, réalisé à distance depuis Moscou, a captivé 3,4 millions de téléspectateurs dans sa version courte diffusée lors du JT. Ce succès d'audience n'a toutefois pas effacé le sentiment d'inachevé ressenti par une partie de la rédaction de la chaîne publique.

La direction de l'information de France Télévisions a tenu à faire bloc derrière sa présentatrice lors de ce même rendez-vous télévisé. Philippe Corbé a ainsi défendu la pertinence de la démarche : "Interroger quelqu'un, ça n'est pas lui offrir une tribune." Il conclut en assurant que la journaliste "ne lui déroule pas le tapis rouge."

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