Comptes de campagne 2017 de LFI : Sophia Chikirou mise en examen
Ouverte à la suite d'un signalement initial de la Commission nationale des comptes de campagne le 14 mars 2018, cette instruction aura duré près de huit ans. Ce délai s'explique notamment par la complexité des expertises comptables sur les tarifs de communication et les multiples recours déposés par la défense. Le dossier passe désormais entre les mains du parquet pour la suite de la procédure.
La fin d'une instruction de longue haleine et plusieurs mises en examen
Les magistrats instructeurs ont signifié ce matin la fin de l'information judiciaire. Cette notification marque la conclusion des auditions et des investigations techniques relatives aux flux financiers de la présidentielle de 2017. Le tribunal de Paris indique que l'élue et conseillère de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, fait l'objet d'une mise en examen pour "escroquerie aggravée", "abus de biens sociaux" et "recel d'abus de confiance", comme le rapporte l'AFP. Elle est suspectée d'avoir facturé des prestations de communication à des tarifs majorés via sa société Mediascop, ensuite remboursées par l'État.
La députée n'est pas la seule figure visée par cette instruction. Le trésorier de la campagne, le député Bastien Lachaud, est également mis en examen pour "prêt illicite de main-d'œuvre" et "escroquerie." L'enquête cible aussi Marie-Pierre Oprandi, la mandataire financière du candidat, ainsi que l'association de soutien logistique L'Ère du peuple. Jean-Luc Mélenchon n'est, à ce stade, pas inquiété personnellement dans ce volet spécifique des comptes, malgré des perquisitions menées à son domicile en 2018.
Des soupçons de surfacturation face à la ligne de défense du mouvement
Le cœur du dossier repose sur près de 1,2 million d'euros facturés par Mediascop à l'association de campagne. Selon un rapport d'enquête relayé par Mediapart, Sophia Chikirou se serait octroyé "à titre personnel plus de 135 000 euros de salaires et dividendes avant impôts dont elle a décidé seule du montant." En 2018, l'ancien procureur de Paris, François Molins, précisait que "les surfacturations dénoncées tendent à faire sérieusement suspecter l'existence de manœuvres délibérées destinées à tromper l'organe de contrôle", selon les communications du parquet.
La défense rejette fermement ces accusations. À la sortie de son audition, Sophia Chikirou a déclaré : "Il n'y a pas eu de surfacturation, Mediascop n'a pas surfacturé, il n'y a pas d'enrichissement personnel, il n'y a pas eu de détournement de fonds publics." Son avocat, Me Dominique Tricaud, affirme au tribunal que sa cliente n'a rien à se reprocher, dénonçant "des fuites à répétition dans la presse." Le mouvement fustige de son côté par voie de communiqué "un acharnement judiciaire et médiatique insupportable."
Les conséquences judiciaires à venir pour l'élue et son parti
La procédure entre dans une nouvelle phase. Le procureur de la République dispose d'un délai légal pour formuler ses réquisitions définitives. Il peut exiger un non-lieu ou demander un renvoi devant le tribunal correctionnel. Une éventuelle condamnation de la députée l'exposerait théoriquement à une peine d'emprisonnement, une forte amende et une peine complémentaire d'inéligibilité, bien que l'avocat général avait écarté cette hypothèse lors de ses réquisitions à la mi-mai.
Un procès constituerait une première concernant la gestion comptable d'une campagne de Jean-Luc Mélenchon. Ce développement intervient dans un climat politique où la probité des cadres de La France Insoumise fait l'objet d'une attention régulière de la part de l'opposition.
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