Affaire libyenne : prison ferme requise en appel contre Nicolas Sarkozy

Publié par Matthieu Chauvin
le 12/05/2026
Nicolas Sarkozy
abacapress
© Abdullah Firas/ABACA
Nouveau tournant dans le procès en appel de l'affaire libyenne : le parquet général a requis ce mardi la condamnation de Nicolas Sarkozy pour corruption et financement illégal de sa campagne de 2007.

Mardi 12 mai 2026, l'étau s'est resserré à nouveau autour de l'ancien locataire de l'Élysée devant la cour d'appel de Paris. L'accusation redessine les contours de cette affaire d'État retentissante en détaillant les ramifications d'un accord secret présumé avec le régime libyen de Mouammar Kadhafi. Ce réquisitoire marque un tournant dans un dossier politico-judiciaire tentaculaire.

Le parquet général réclame une condamnation globale

Au deuxième jour de son réquisitoire devant la cour d’appel de Paris, l'accusation a exigé la condamnation de l’ancien président de la République pour la totalité des chefs poursuivis. Les charges retenues par les magistrats couvrent un spectre large : corruption passive, financement illégal de campagne électorale, association de malfaiteurs et recel de détournement de fonds publics libyens. 

La position du ministère public constitue une inflexion majeure. Contrairement au premier procès tenu en septembre 2025, où Nicolas Sarkozy avait été relaxé pour les faits de corruption et de financement illégal tout en écopant de cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, le parquet général réaffirme aujourd'hui la culpabilité de l'ex-chef d'État sur ces volets précis. Les magistrats refusent de scinder les infractions et présentent un dossier unifié.

Un pacte corrupteur acté au plus haut niveau

L'argumentaire de l'accusation repose sur l'existence formelle d'un pacte d'argent contre influence. Selon l'agence de presse Anadolu, l'avocat général Damien Brunet a martelé à l'audience : "Il a bien existé un accord entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi." Cet arrangement occulte devait assurer le financement de la campagne présidentielle de 2007 en échange de soutiens diplomatiques appuyés pour la dictature libyenne. Les représentants du ministère public ont dénoncé un "niveau opérationnel inégalé" dans l’organisation de ces tractations secrètes. 

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L'accusation souligne le rôle central de plusieurs intermédiaires, citant les rencontres impliquant Claude Guéant et Brice Hortefeux avec divers dignitaires du régime libyen dès l'année 2005. Le parquet estime avec sévérité que les plus hautes fonctions de la République ont été "dévoyées" au profit d'ambitions personnelles et électorales. L'avocat général a d'ailleurs pointé des "atteintes à la confiance publique les plus graves." Pour rappel, l'article 432-11 du Code pénal sanctionne la corruption passive d'un élu jusqu'à dix ans d'emprisonnement et un million d'euros d'amende.

Des risques judiciaires majeurs pour la défense

Les conséquences d'une telle condamnation s'annoncent particulièrement lourdes. Outre les peines de prison ferme requises à la barre, l'ancien président fait face à des demandes d'inéligibilité et d'interdiction stricte d'exercer la moindre fonction publique. Malgré la pression de l'accusation, Nicolas Sarkozy reste inflexible et continue de clamer son innocence totale. Selon les éléments relayés lors des débats, il a fustigé l'absence de preuves matérielles directes, qualifiant les éléments à charge de simples "constructions artificielles" destinées à l'abattre politiquement.

Le calendrier de ce procès entre désormais dans sa phase finale. Après l'achèvement des réquisitions fixé au 13 mai, les avocats de la défense auront la lourde tâche de démonter ce réquisitoire implacable. La cour d'appel mettra par la suite son jugement en délibéré. La décision finale, attendue dans les prochains mois, scellera définitivement cette procédure hors norme.

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