Un ancien footballeur pris à frauder le fisc... en commandant des plats à emporter

Publié par Julien Pinardi
le 05/04/2026
Livreur Deliveroo
Istock
Officiellement résident à Dubaï, l'ancien international français Samir Nasri est visé par un redressement fiscal record de 5,51 millions d'euros, déclenché en partie par ses centaines de commandes Deliveroo en France.

Depuis sa retraite sportive, l'ancien milieu de terrain de l'Olympique de Marseille Samir Nasri se montrait discret sur sa vie privée. Pourtant, une simple habitude de consommation a attiré l'attention des agents de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), jetant le doute sur la véritable domiciliation de l'ex-international français.

212 commandes Deliveroo comme preuve matérielle

L'administration fiscale a identifié un détail troublant pour contester l'expatriation de Samir Nasri. Au cours de la seule année 2022, les enquêteurs ont recensé pas moins de 212 livraisons de repas via l'application Deliveroo, toutes acheminées vers une adresse rattachée à l'ancien joueur en région parisienne. Cette fréquence, équivalente à plus d'une commande tous les deux jours, sert d'argument à la DGFiP pour démontrer une présence physique stable sur le territoire français, jugée incompatible avec un statut de résident aux Émirats arabes unis.

Une ardoise fiscale de 5,5 millions d'euros

Face à ces éléments, le Trésor public réclame la somme de 5,51 millions d'euros à l'ex-international. Ce montant comprend 5,25 millions d'euros de rappels d'impôt sur le revenu pour la période allant de 2020 à 2022, complétés par 82 000 euros d'impôt sur la fortune immobilière (IFI). Pour garantir le recouvrement, la justice a ordonné des mesures conservatoires : l'hypothèque judiciaire d'un bien situé à Paris et la saisie de comptes ouverts, notamment auprès de la banque Edmond de Rothschild. L'avocat fiscaliste Lyès Kaci confie aux Échos : "Les saisies bancaires et immobilières, fussent-elles à titre conservatoire, constituent des atteintes particulièrement graves aux droits fondamentaux des contribuables."

La traque numérique des billets d'avion et plateaux de télévision

Les investigations ne se limitent pas aux repas livrés. Le fisc s'est penché sur les registres de vols d'Air France et Emirates pour calculer le temps passé en France. Les résultats indiquent que Samir Nasri aurait séjourné entre 126 et 208 jours par an sur le sol français entre 2021 et 2023, contre 42 à 124 jours à Dubaï. Son ancrage professionnel est également pointé du doigt. Les agents ont relevé sa participation à une "quarantaine d'émissions entre septembre 2021 et juin 2022" pour la chaîne Canal+, selon Le Parisien.

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La défense dénonce une procédure abusive

Face à ces accusations, Samir Nasri conteste la méthode. La défense soutient que l'ancien footballeur n'était pas nécessairement le bénéficiaire direct de toutes ces commandes, qui auraient pu nourrir sa famille ou ses proches restés à Paris. Ses conseils fustigent la sévérité des actions entreprises avant l'émission d'un titre exécutoire définitif. "Il est assez peu fréquent qu'avant même la proposition de rectification [...] l'administration fiscale obtienne l'autorisation de procéder à de telles mesures conservatoires", précise Lyès Kaci lors d'un entretien aux Échos.

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