Juliette Binoche : son récit poignant d'agressions subies, de l’école primaire aux tournages
Depuis des décennies, elle illumine le grand écran, mais derrière les paillettes se cache un lourd fardeau. Récemment, l'icône du cinéma a décidé de lever le voile sur les traumatismes qui ont jalonné sa vie, des bancs de l'école aux coulisses des tournages les plus prestigieux. Une démarche courageuse pour mettre fin à l'impunité et dénoncer un système gangrené.
Des agressions insoutenables dès l'école primaire
Juliette Binoche révèle avoir été victime d'attouchements dès le CE1. Son instituteur utilisait une méthode glaçante pour isoler ses cibles. "En CE1, ce maître d'école avait une petite boîte où il tirait au sort un nom d'élève qui devait lire près de lui à son bureau. Le nom qu'il piochait tombait souvent sur moi. C'était l'enfer", confie-t-elle à Marie Claire.
À la suite de ces événements, la petite fille avait adopté une stratégie de défense en ne portant que des pantalons à l'école pour se sentir physiquement protégée. "J’ai appris à lire comme ça (…) il me tripotait derrière son bureau", relate-t-elle amèrement, marquant ainsi le début d'une longue série de violences. "À 11 ans, j’ai croisé la route d’un autre pervers qui m’a embrassée et a commencé à me toucher. Heureusement, quelqu’un est entré dans la pièce et m’a délivrée."
L'emprise toxique du septième art
Ses premiers pas dans l'industrie cinématographique ne lui offrent aucun répit. Dès les années 1980, la comédienne affronte l'obsession de certains réalisateurs pour la nudité forcée. "En 1985, lors du tournage d'une scène de Rendez-vous d'André Téchiné, l'un des acteurs (je ne sais pas lequel et d'une certaine manière, je ne veux pas le savoir) s'est permis de me toucher le sexe pour me réveiller", révélait-elle déjà en 2023 dans Marie Claire. "Était-ce à l'initiative du metteur en scène ou de l'acteur, en tout cas, je me souviens avoir été choquée. C'était mon premier grand rôle, je n'ai rien dit sur le moment, mais il m'arrive encore d'y repenser. J'aurais dû réagir !"
Lors de la production de Liberty Belle, un dîner professionnel avec Pascal Kané dégénère soudainement en agression. "Alors qu'il me désigne la vue sur le front de Seine, il se jette sur moi pour m'embrasser. Je l'ai repoussé vigoureusement", écrit-elle dans un texte publié par Libération. Une époque sombre qu'elle résumait déjà au Figaro : "Le cinéma a toujours eu besoin de chair fraîche. Aujourd'hui, c'est moi. Je connais ma chance et ses limites." Mais ce n'est pas tout. Toujours dans Marie Claire, elle affirme : "À 18 ans, un réalisateur m’a collée contre un mur pour m’embrasser, j’ai tout de suite dit non (…) J’étais amoureuse, et je crois que ça m’a aidée à dire non tout de suite."
Comprendre la mécanique de la sidération
Face à ces abus répétés, la star évoque l'impossibilité de réagir sur l'instant. Ce mécanisme psychologique paralyse totalement les victimes. "La sidération, c’est ne plus avoir de voix, ne plus avoir de corps", explique-t-elle avec émotion sur le plateau de "Clique." Le système cinématographique a longtemps protégé ces prédateurs en imposant le silence aux plus vulnérables. Pourtant, elle insiste sur une évidence fondamentale pour l'avenir de la profession : "Un plateau de cinéma doit être un lieu de confiance. Il est impossible de construire une œuvre sur la manipulation, la violence ou la peur."
Pourtant, cela continue : "Plus récemment, dans un film mis en scène par une femme, l’acteur s’est permis de prendre mon sein dans sa bouche dans une scène d’amour. Ce n’était pas prévu. J’étais sidérée, mais je n’ai rien dit. J’avais un ressenti de mépris, c’était évident qu’il voulait en profiter."
Nommer les bourreaux pour guérir et protéger
Aujourd'hui, Juliette Binoche refuse de se taire. Portée par la vague #MeToo, celle qui présidera le jury à Cannes en 2025 n'hésite plus à citer les noms d'André Téchiné, Jacques Doillon ou Benoît Jacquot. Cette libération de la parole transforme sa souffrance intime en un combat collectif pour préserver les futures actrices. "Toutes ces blessures provoquent une rage, une révolte", assure-t-elle à Marie Claire. Sa détermination se veut inflexible pour assainir l'industrie, car comme elle le rappelle fermement : "Il n'est pas normal d'aller sur un plateau de tournage avec la peur d'être violée."
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