Adèle Haenel acte sa rupture définitive avec le cinéma : trop de "sexisme" et de "racisme"

Publié par Julien Pinardi
le 25/04/2026
Adèle Haenel
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© Instragram-Adèle Haenel
Invitée sur le plateau de "C dans l'air" samedi 25 avril 2026, Adèle Haenel a confirmé son retrait définitif de l'industrie cinématographique. Quelques jours après la condamnation en appel du réalisateur Christophe Ruggia pour agressions sexuelles, l'actrice dénonce un système structurellement sexiste et privilégie désormais le théâtre et le militantisme.

Cette prise de parole intervient quelques jours à peine après un délibéré très attendu. La récente sanction judiciaire de son ancien agresseur marque la fin d'une longue bataille pour l'actrice, qui choisit aujourd'hui de transformer son épreuve en engagement militant inflexible.

Un verdict définitif face à un long calvaire judiciaire

Le 17 avril 2026, la cour d'appel a condamné Christophe Ruggia à cinq ans de prison, dont deux ans ferme sous bracelet électronique, pour des agressions sexuelles commises sur Adèle Haenel alors qu'elle était mineure, comme nous vous le rapportions. À l'issue de l'audience, la plaignante a immédiatement salué un "jour important."

Les séquelles demeurent toutefois profondes. Lors de ses confidences à la barre, l'actrice avait détaillé l'impact psychologique de ces actes répétés. "C'est une image de soi complètement détruite depuis l'âge de 12 ans", avait-elle expliqué lors d'une interview accordée à Libération.

Le divorce politique avec le cinéma français

C'est sur le plateau de France 5 que la comédienne a acté sa rupture avec le septième art, qualifiant ce milieu de "structurellement sexiste et raciste", relate Le Parisien. Ce départ s'inscrit dans la continuité de sa grève initiée quelques années plus tôt. A la présentatrice Aurélie Casse, elle a déclaré : "C’est un soulagement, la fin d’un parcours judiciaire lourd et éprouvant. Un chapitre se ferme, c’est bien d’avoir les termes posés. Ce parcours, c’est un travail, du temps passé sur un dossier, et c’est du temps que je pourrai consacrer à autre chose désormais."

Dans une lettre adressée à Télérama en 2023, elle écrivait déjà : "J’ai décidé de politiser mon arrêt du cinéma pour dénoncer la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels." Ce choix résonne d'autant plus fort que la comédienne était autrefois l'une des plus convoitées de sa génération, avec 10 films présentés à Cannes sur 14 tournages à son actif, rappelle Blick.

"Je ne critique pas le médium, mais l’industrie. Qui construit des imaginaires qui n’aident pas à sortir de la crise dans laquelle nous sommes. Pour moi, les récits qu’elle propose restent problématiques, véhiculant racisme, sexisme. Je n’ai pas envie de participer à ça" affirme-t-elle dans "C dans l'air".

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Le théâtre et le militantisme comme nouveaux souffles

Délaissant les plateaux de tournage, Adèle Haenel privilégie désormais les planches. Le théâtre représente pour elle un espace plus propice à la création collective et porteur de sens, précise Le Parisien. Elle s'investit également intensément sur le terrain social. Sur France 5, elle décrit aussi son militantisme : "C’est un parcours qui se mène dans la société. Le fait qu’il n’y ait plus d’injustices, c’est ça mon projet. Que toutes les vies soient vivables. Je me sens chanceuse d’avoir eu droit à la justice. La réalité, c’est que dans de nombreux exemples, les gens n’ont pas l’occasion de voir leur cas traité en justice."

Des manifestations contre la réforme des retraites aux mouvements antiracistes et écologistes, son activisme est total, souligne Libération. Cette métamorphose illustre une quête de probité absolue. "Je rejoins mes camarades pour qui la recherche du sens et de la dignité prime sur celle de l'argent et du pouvoir", assumait-elle auprès de Télérama.

A Aurélie Casse, samedi, elle a assuré : "Si je suis venue ici, c’est pour parler du présent. Mon enfance a été massacrée, martèle Adèle Haenel. J’ai envie de parler des enfants qui subissent aujourd’hui et que personne ne veut voir. La réparation, elle est dans la transformation de la société. On me dit que je suis militante. De quoi ? De vivre dans un monde où toutes les enfances sont protégées, à l’abri des bombes, comme des viols ».

Elle poursuit. "L’Etat de droit devrait être limité et circonscrit. Aujourd’hui, il est piétiné. J’étais dans une flotille pour Gaza, qui a été attaquée en pleine mer et rien n’a été fait. Je me bats aux côtés du droit, dans un monde en train de glisser vers le fascisme."

L'héritage d'une icône du mouvement #MeToo

Personne n'a oublié son départ fracassant de la cérémonie des César 2020, quittant la salle aux cris de "La honte !" lors du sacre de Roman Polanski. Son témoignage initial dans Mediapart en 2019 a agi comme un véritable détonateur pour la libération de la parole en France, analyse AlloCiné.

La condamnation de Christophe Ruggia ferme aujourd'hui ce chapitre judiciaire. Ce point final offre à l'actrice la possibilité de tourner la page des tribunaux pour se consacrer pleinement à son action politique et artistique sur les scènes de théâtre.

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