Justice américaine : Coup de filet historique à New York contre douze sites majeurs de deepfakes X
Les autorités judiciaires new-yorkaises intensifient leur riposte face à l'essor incontrôlé des violences numériques. Cette opération d'envergure contre l'exploitation sexuelle synthétique intervient après plusieurs mois d'investigations techniques et financières, marquant un durcissement manifeste des sanctions contre les cyberdélinquants.
Saisie record de douze plateformes illégales par le procureur de Manhattan
Le procureur de district Alvin L. Bragg, Jr. a officialisé la confiscation des noms de domaine de douze plateformes spécialisées dans la monétisation d'hypertrucages sexuels non consentis, selon un communiqué du Manhattan District Attorney's Office. Parmi les cibles neutralisées figurent notamment les portails « AI Celebs », « All Deepfake » et « Deepfake Porn ». L'enquête révèle l'ampleur du préjudice : le parquet dénombre environ 1 200 victimes directes, principalement des personnalités publiques féminines telles que des comédiennes, des chanteuses, des représentantes politiques, des épouses de chefs d'État ainsi que des créatrices de contenus.
Le dossier d'accusation s'est ouvert grâce au courage d'une plaignante. Le signalement déposé par une victime a permis aux enquêteurs de remonter l'infrastructure technique et financière de ces réseaux criminels en ligne. Le magistrat a insisté sur la gravité de ces agissements : « Dans l'Etat de New York, il est illégal de partager sans leur autorisation de vraies photos et vidéos de personnes ayant des rapports sexuels. De même, il est illégal de partager ces contenus lorsqu'ils sont créés ou modifiés à l'aide d'outils d'intelligence artificielle », a déclaré Alvin Bragg, dans des propos rapportés par l'AFP.
Le procureur a également martelé auprès du média Newsday : « I want to be clear: We do not tolerate sexual exploitation in any form, including sharing and selling deepfake pornography. These horrific violations of privacy follow victims into their careers and personal lives, and are taking a big toll on their emotional and mental well-being » (« Je tiens à être clair : nous ne tolérons aucune forme d'exploitation sexuelle, y compris le partage et la vente de pornographie deepfake. Ces horribles violations de la vie privée poursuivent les victimes dans leur carrière et leur vie personnelle, et pèsent lourdement sur leur bien-être émotionnel et mental »).
Un tournant pénal et technologique face aux violences numériques
Pour faire tomber ces réseaux, les autorités s'appuient sur une législation stricte adoptée par l'État de New York en 2023, qui criminalise la diffusion non consentie de contenus intimes synthétiques ou réels. Ce cadre étatique s'articule avec les dispositions fédérales du Take It Down Act, un dispositif qui impose le retrait immédiat des publications incriminées et prévoit des sanctions pénales contre les diffuseurs.
Cette offensive met en lumière les risques pesant désormais sur l'ensemble de la société. Alvin Bragg a ainsi averti dans les colonnes de 404 Media : « While the victims of these sites are largely celebrities, we know that anyone can be a victim in these crimes, particularly in domestic violence cases » (« Bien que les victimes de ces sites soient en grande partie des célébrités, nous savons que n'importe qui peut être victime de ces crimes, en particulier dans les affaires de violences conjugales »). La démocratisation d'applications de déshabillement virtuel (« nudification ») facilite en effet le cyberharcèlement, le chantage privé et les violences domestiques à l'encontre d'anonymes.
La traque judiciaire se poursuit pour identifier formellement les administrateurs et hébergeurs de ces espaces. Les créateurs de contenus identifiés encourent jusqu'à 1 an d'emprisonnement par infraction selon le droit pénal new-yorkais. Toutefois, l'éradication complète de ces flux numériques se heurte à la domiciliation fréquente des serveurs à l'étranger et à la réapparition rapide de sites miroirs hors de la juridiction américaine.
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