Radars épouvantails : Quand les communes installent de faux dispositifs pour faire ralentir

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 28/05/2026
radars
Istock
Photo d'illustration
Face aux excès de vitesse, la commune de Malemort en Corrèze déploie de faux radars épouvantails pour inciter les conducteurs à ralentir sans jamais les verbaliser.

Face aux excès de vitesse réguliers, la commune de Malemort en Corrèze a décidé d'innover avec une méthode surprenante. La mairie a déployé des radars totalement factices pour inciter les usagers à freiner, sans jamais les verbaliser. Cette initiative insolite, approuvée par les autorités, tente de sécuriser des axes routiers dangereux par le seul biais psychologique.

Le mirage de Malemort avec deux faux radars sur les départementales

La municipalité de Malemort a choisi d'agir face aux automobilistes trop pressés. Elle a récemment ordonné l'installation de deux cabines imitant à la perfection les radars autonomes de chantier. Ces boîtiers trompe-l'œil ont pris place le long de la RD44, communément appelée route de Beynat, et sur la RD921, en direction d'Aubazine.

Ces installations ne renferment aucune technologie avancée, car il s'agit d'une fabrication entièrement gérée en interne. Les services techniques de la ville ont assemblé de simples planches de contreplaqué, recouvertes de peinture grise et de bandes réfléchissantes. Le but est de reproduire très fidèlement le design des radars déployés par l'État sur le réseau national.

Pour que le subterfuge fonctionne, les agents municipaux ont poussé le réalisme à son maximum. De véritables panneaux de signalisation annonçant des contrôles ont été scellés en amont des faux dispositifs. Différencier un vrai radar d'un épouvantail devient visuellement très difficile pour l'automobiliste en mouvement, ce qui garantit l'efficacité immédiate du leurre.

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Une démarche légale et économique face aux plaintes des riverains

Si certains particuliers tentent parfois de fabriquer de faux radars devant chez eux, la pratique leur est strictement interdite sur le domaine public. À Malemort, le cadre légal s'avère bien différent. Le projet a reçu un avis favorable et officiel de la préfecture ainsi que de la gendarmerie nationale, attestant de son sérieux.

Cette stratégie répond à un besoin urgent de tranquillité. La municipalité fait face aux plaintes incessantes des habitants, inquiets de la vitesse excessive sur ces grands axes de transit. Pour justifier cette installation, le maire s'appuie directement sur l'article L2212-2 du Code général des collectivités territoriales. Ce texte garantit le pouvoir de police de l'élu pour assurer la commodité et la sûreté du passage dans les rues.

Le budget a également dicté ce choix stratégique. L'implantation d'un véritable radar fixe dépend de l'État, qui exige des critères de dangerosité extrêmement stricts avant d'investir. Sachant qu'un équipement officiel, de type Vitronic Poliscan, coûte environ 75 000 euros, la commune a préféré dépenser seulement quelques centaines d'euros pour ce modèle en bois.

La psychologie des usagers au service de la sécurité routière

Le fonctionnement de ces faux boîtiers repose sur un objectif purement comportemental. Selon les premières observations rapportées par les élus locaux, l'effet coup de frein est indéniable. Dès que la silhouette caractéristique du radar apparaît, la vitesse du flux de circulation chute brutalement. Comme le résument les porteurs du projet, l'idée est " d’inciter à lever le pied sans pour autant taper au portefeuille ".

L'approche se veut en effet non punitive. Puisque l'appareil est vide, un excès de vitesse devant cette cabine n'entraîne aucune verbalisation. Il n'y aura jamais de flash, de courrier dans la boîte aux lettres ou de retrait de points sur le permis de conduire. Cette alternative pédagogique mise sur la prise de conscience et la responsabilité du conducteur.

Si le bilan de la Corrèze reste positif dans les mois à venir, une généralisation du concept semble envisageable. D'autres municipalités envisagent déjà de recourir à ces épouvantails pour apaiser leurs zones 30 ou sécuriser les entrées de bourg. Reste à savoir si ces boîtiers factices finiront par être remplacés par de vrais radars pour contrer l'accoutumance inévitable des conducteurs réguliers.

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